« Vous voyez le temps qu'on perd ? » : à la COP17 contre la désertification, la société civile en colère
En Mongolie, la COP17 contre la désertification a commencé par les blocages de la Russie et des États-Unis dès le début des négociations. Les peuples autochtones et les organisations de la société civile dénoncent leur marginalisation.
La COP17 désigne la 17ᵉ Conférence des Parties (COP) à la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (CNULD). Elle s'est tenue en 2022 à Abidjan, en Côte d'Ivoire. Cet événement rassemble des représentants de 196 pays, des organisations internationales, des scientifiques et des membres de la société civile pour discuter des enjeux liés à la dégradation des terres, à la sécheresse et à la désertification. L'objectif principal est de trouver des solutions collectives pour préserver les écosystèmes et améliorer les conditions de vie des populations touchées. La désertification, souvent confondue avec l'avancée des déserts, désigne en réalité la dégradation des terres dans les zones arides, semi-arides et subhumides sèches, causée par des facteurs climatiques et humains comme la surexploitation des sols ou la déforestation.
Lors de la COP17, des membres de la société civile, incluant des associations, des ONG et des communautés locales, ont exprimé leur mécontentement face au manque de résultats concrets. Ils dénoncent un décalage entre les discours politiques et les actions mises en place pour lutter contre la désertification. Selon eux, les engagements pris lors des précédentes COP ne sont pas suffisamment suivis d'effets, ce qui aggrave la situation des populations vulnérables. Par exemple, en Afrique, où la désertification touche directement 40 % des terres, les communautés dépendent fortement des ressources naturelles pour leur survie. Les manifestants ont scandé des slogans comme « Vous voyez le temps qu'on perd ? » pour souligner l'urgence d'agir.
L'Afrique est particulièrement concernée par la désertification, avec des régions comme le Sahel, où les sécheresses répétées menacent la sécurité alimentaire de millions de personnes. En Afrique subsaharienne, près de 65 % des terres arables sont dégradées, ce qui réduit la productivité agricole et aggrave la pauvreté. Lors de la COP17, des représentants africains ont rappelé que la désertification coûte déjà 10 % du PIB annuel du continent, soit environ 90 milliards de dollars par an. Les solutions proposées incluent la restauration des écosystèmes, l'adoption de pratiques agricoles durables et le renforcement des politiques locales. Cependant, les financements alloués restent insuffisants face à l'ampleur des besoins.
Plusieurs acteurs jouent un rôle central dans les négociations de la COP17. Les gouvernements nationaux, comme celui de la Côte d'Ivoire qui a accueilli l'événement, sont chargés de mettre en œuvre des politiques de lutte contre la désertification. Les organisations internationales, telles que l'ONU ou la Banque mondiale, apportent un soutien technique et financier. Les ONG, comme Reporterre ou Greenpeace, représentent la société civile et font pression pour que les engagements soient tenus. Enfin, les communautés locales, souvent les plus touchées, sont invitées à participer aux décisions pour garantir que les solutions proposées répondent à leurs besoins réels.
Un des principaux points de tension lors de la COP17 concerne le financement des projets de lutte contre la désertification. Bien que des fonds aient été promis lors des précédentes conférences, leur mise à disposition reste lente et insuffisante. Par exemple, le Fonds pour l'environnement mondial (FEM), qui finance des projets environnementaux, n'a alloué que 1,5 milliard de dollars pour la période 2022-2026, alors que les besoins sont estimés à plus de 10 milliards de dollars par an. Les pays en développement, souvent les plus affectés, réclament un accès plus facile à ces financements pour mettre en place des solutions adaptées à leur contexte.
Malgré les critiques, la COP17 a permis d'annoncer quelques avancées. Parmi elles, l'adoption du *Pacte d'Abidjan*, un accord visant à restaurer 3 millions d'hectares de terres dégradées en Afrique d'ici 2030. Ce pacte inclut des engagements financiers de plusieurs pays, dont la France qui a promis 60 millions d'euros. D'autres initiatives, comme le *Great Green Wall*, un projet de restauration de 8 000 km de terres au Sahel, ont également été renforcées. Cependant, les militants soulignent que ces mesures restent insuffisantes sans une volonté politique forte et des financements durables pour les concrétiser.

