Qui contrôle le détroit de Bab el-Mandeb ?
Les Houthis contestent des pertes de territoires annoncées par Aden L’article Qui contrôle le détroit de Bab el-Mandeb ? est apparu en premier sur Le Grand Continent..
En octobre 2026, le Yémen est déchiré par un conflit opposant les forces gouvernementales, soutenues par l’Arabie saoudite, aux rebelles Houthis. Ces derniers, qui contrôlent traditionnellement le nord du pays, ont lancé une offensive en septembre 2026 pour s’emparer de territoires dans le sud, notamment autour des villes portuaires stratégiques de Mocha et de Dhubab. Les Houthis, un groupe armé chiite soutenu par l’Iran, contestent les affirmations du gouvernement yéménite selon lesquelles ces villes auraient été reprises. Selon un chercheur basé à Sanaa, Salah Ali Salah, les Houthis auraient même réussi à freiner l’avancée des forces gouvernementales autour de Dhubab grâce à des retraits tactiques et à des positions fortifiées près de Mocha.
Les Houthis adoptent une stratégie défensive et offensive pour consolider leur position dans le sud du Yémen. Après avoir subi des pertes initiales, ils se sont repliés sur des zones plus favorables, comme les hauteurs du district d’al-Waziiya, situé entre Mocha et Taïz. Cette ville, la troisième plus peuplée du Yémen, est un point clé car elle relie le nord contrôlé par les Houthis au sud sous autorité gouvernementale. En cherchant à encercler Taïz, les Houthis visent à couper les routes reliant cette ville à Aden, la capitale du sud du Yémen. Leur objectif est de fragiliser davantage le gouvernement yéménite et d’affaiblir sa capacité à résister. Cette stratégie s’inscrit dans une logique de guerre prolongée, où le contrôle des axes logistiques et des ports maritimes est crucial.
L’Arabie saoudite joue un rôle central dans le conflit en soutenant militairement le gouvernement yéménite. Depuis le début de l’offensive houthie, Riyad a lancé une contre-attaque pour reprendre le contrôle des territoires perdus, notamment autour de Mocha et Dhubab. L’Arabie saoudite intervient principalement par des frappes aériennes et un soutien logistique, avec une coalition mobilisant jusqu’à 100 avions de combat. Cependant, son engagement au sol reste limité, contrairement à son intervention massive de 2015. L’un des objectifs principaux de l’Arabie saoudite est de sécuriser le détroit de Bab el-Mandeb, une voie maritime vitale pour ses exportations de pétrole. Ce détroit, situé entre le Yémen et Djibouti, est l’un des points de passage les plus stratégiques au monde, car il relie la mer Rouge à l’océan Indien.
Le détroit de Bab el-Mandeb est un passage maritime essentiel pour le commerce mondial, notamment pour le transport de pétrole. Environ 10 % du commerce maritime mondial transite par ce détroit, qui relie la mer Rouge à l’océan Indien. Pour l’Arabie saoudite, ce détroit est stratégique car il permet l’exportation de son pétrole vers l’Europe et l’Amérique via le canal de Suez. Une interruption du trafic dans ce détroit aurait des conséquences économiques majeures pour Riyad. Les Houthis, en contrôlant des zones proches de ce détroit, pourraient menacer la liberté de navigation et mener des frappes de longue portée contre des cibles saoudiennes. La reprise de ce contrôle est donc une priorité absolue pour l’Arabie saoudite, qui cherche à affaiblir les capacités militaires des Houthis dans la région.
Le conflit au Yémen a des répercussions bien au-delà des frontières du pays. En octobre 2026, la Turquie et le Pakistan ont annoncé le déploiement de forces en Arabie saoudite dans le cadre de l’Accord de défense de La Mecque, signé en août 2026. Bien que les détails de leur rôle n’aient pas été précisés, cette mobilisation illustre l’implication croissante de pays tiers dans le conflit. Par ailleurs, les États-Unis apportent un soutien indirect à l’Arabie saoudite, notamment via des services de renseignement et une aide au ciblage pour les frappes aériennes. Cette guerre s’inscrit dans un contexte régional plus large, où l’Iran soutient les Houthis, tandis que l’Arabie saoudite et ses alliés cherchent à contrer cette influence. La stabilité du détroit de Bab el-Mandeb dépend donc des équilibres géopolitiques entre ces acteurs.

