La fragmentation du commerce mondial pourrait coûter aux pays les plus pauvres près d’un quart de leur PIB
Malgré les tarifs de Donald Trump, les États-Unis font partie des pays les moins impactés L’article La fragmentation du commerce mondial pourrait coûter aux pays les plus pauvres près d’un quart de leur PIB est apparu en premier sur Le Grand Continent..
Le commerce mondial est en train de se fragmenter, c'est-à-dire de se diviser en blocs commerciaux plus petits et moins interconnectés. Cette fragmentation est principalement causée par des politiques tarifaires agressives, comme celles mises en place par les États-Unis sous la présidence de Donald Trump. Elle se mesure par la baisse de la part des échanges mondiaux de marchandises qui respectent le principe de la nation la plus favorisée (NPF). Ce principe, central dans les règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), garantit que tous les pays membres bénéficient des mêmes avantages commerciaux. En 2022, 80 % des échanges mondiaux fonctionnaient selon ce principe. En 2026, cette part est tombée à 72 %, illustrant une érosion significative de la coopération commerciale multilatérale.
Les pays les moins avancés (PMA) pourraient subir un recul important de leur richesse nationale en raison de cette fragmentation. Selon un scénario étudié par l'OMC, leur Produit intérieur brut (PIB) pourrait diminuer de 16,5 % d'ici 2050 par rapport à une situation où la coopération commerciale resterait intacte. Ce recul représente le coût direct de la fragmentation. À cela s'ajoute un coût d'opportunité de 7,7 points de PIB, soit le gain économique auquel ces pays renoncent en abandonnant les bénéfices d'un commerce mondial plus ouvert. Au total, cette situation pourrait coûter jusqu'à 24,3 % du PIB aux PMA, un chiffre qui souligne l'ampleur des conséquences économiques pour les économies les plus vulnérables.
Les États-Unis, sous l'impulsion de Donald Trump, jouent un rôle majeur dans la fragmentation du commerce mondial. Leur politique tarifaire agressive vise à protéger les industries nationales, mais elle contribue à fragiliser le système commercial multilatéral. Malgré cela, les États-Unis figurent parmi les pays les moins touchés par cette fragmentation. Cela s'explique par le fait que leur économie est moins dépendante du commerce international : la part du commerce dans leur PIB est d'environ 25 %, ce qui en fait l'une des économies les plus fermées au monde. En comparaison, la part du commerce dans le PIB mondial a presque quadruplé depuis les années 1950 et atteint près de 60 % aujourd'hui.
Les pays européens sont relativement protégés des conséquences de la fragmentation commerciale grâce à l'existence de l'Espace économique européen (EEE). Cet espace regroupe les 27 membres de l'Union européenne ainsi que l'Islande, la Norvège et le Liechtenstein. Le commerce entre ces pays n'est pas affecté par les hausses de coûts liées à la fragmentation, car il bénéficie d'un cadre commercial intégré et stable. Cette protection explique pourquoi l'Europe est moins vulnérable aux chocs économiques résultant de la fragmentation du commerce mondial.
La directrice-générale de l'OMC, Ngozi Okonjo-Iweala, a alerté sur la gravité de la situation actuelle. Elle qualifie la période de perturbation du système commercial mondial de *la plus grave depuis 80 ans*. Cette crise menace la stabilité économique à long terme, notamment pour les pays les plus pauvres. L'OMC souligne que l'érosion continue des règles du commerce multilatéral pourrait avoir des répercussions majeures d'ici 2050, affectant non seulement les échanges, mais aussi la croissance économique et le développement des nations les plus vulnérables.

