Pourquoi le Japon a abattu 40 ours noirs par jour entre avril 2025 et janvier 2026, soit 12 000 au total
Quand un grand carnivore prolifère aux portes des villes, la cohabitation vire vite au drame. Le Japon a répondu par des battues d'une ampleur sans précédent.
Entre avril 2025 et janvier 2026, le Japon a abattu environ 12 000 ours noirs, soit une moyenne de 40 par jour. Cette opération s'inscrit dans une politique de régulation des populations d'ours noirs (Ursus thibetanus), une espèce protégée dans de nombreux pays mais considérée comme nuisible au Japon. Les autorités japonaises justifient ces abattages par la nécessité de protéger les populations locales des attaques d'ours, qui se multiplient en raison de la déforestation et de l'expansion des zones urbaines. Les ours noirs sont des animaux solitaires, omnivores et principalement nocturnes, capables de s'adapter à des environnements variés. Leur habitat naturel au Japon, principalement les forêts de Honshū, Shikoku et Kyūshū, se réduit sous la pression des activités humaines.
Le nombre d'attaques d'ours noirs contre des humains a fortement augmenté au Japon ces dernières années. En 2023, on a recensé 222 attaques, contre seulement 14 en 2000. Cette hausse s'explique par plusieurs facteurs : la fragmentation des forêts due à l'urbanisation, la réduction des ressources alimentaires naturelles (comme les baies ou les insectes) et la proximité croissante entre les humains et les ours. Les attaques sont souvent le fait de femelles protégeant leurs petits ou d'ours affamés cherchant de la nourriture dans les zones habitées. Les autorités locales estiment que la régulation des populations est un moyen de limiter ces risques, bien que cette méthode reste controversée.
La décision de tuer 12 000 ours noirs en moins d'un an a suscité une vive polémique au Japon et à l'international. Les défenseurs des animaux dénoncent une méthode brutale et inefficace, arguant que la chasse ne résout pas les causes profondes du conflit entre humains et ours, comme la destruction des habitats naturels. Des associations comme Wildlife Conservation Society Japan estiment que des solutions alternatives, comme la sécurisation des zones habitées ou la restauration des écosystèmes, devraient être privilégiées. Le gouvernement japonais, quant à lui, défend cette mesure au nom de la sécurité publique, soulignant que les attaques d'ours ont parfois des conséquences mortelles.
Au Japon, la gestion des espèces sauvages repose sur une législation spécifique, comme la Loi sur la protection des oiseaux et des mammifères sauvages (1918), qui permet aux préfectures de réguler les populations d'animaux considérés comme dangereux. Les ours noirs ne sont pas une espèce menacée au niveau mondial, mais leur statut varie selon les régions. Au Japon, leur population est estimée entre 10 000 et 20 000 individus, avec une tendance à la baisse dans certaines zones. La culture japonaise accorde une place particulière aux animaux sauvages, mais les conflits avec les humains peuvent conduire à des mesures radicales, comme en témoignent d'autres cas de régulation (sanglier, macaque japonais).
La chasse intensive d'ours noirs pourrait avoir des répercussions sur l'écosystème japonais. Les ours noirs jouent un rôle clé dans la dispersion des graines et la régulation des populations d'insectes et de petits mammifères. Leur disparition dans certaines zones pourrait déséquilibrer les écosystèmes locaux, favorisant par exemple la prolifération d'espèces invasives ou la réduction de la biodiversité végétale. Les scientifiques soulignent que les ours sont des *ingénieurs écologiques*, c'est-à-dire des espèces qui modifient leur environnement de manière bénéfique pour d'autres formes de vie. Leur déclin pourrait donc avoir des effets en cascade sur la faune et la flore japonaises.

