Après 27 ans de sortie du nucléaire, ce partenaire de la France souhaite réintroduire cette énergie
Ce partenaire de la France change radicalement de position..
En 1999, après une forte mobilisation sociale débutée en 1978, l’Irlande a officiellement interdit l’utilisation de l’énergie nucléaire. Cette décision s’inscrivait dans un contexte de rejet croissant de cette technologie, perçue comme dangereuse et non durable. Pendant près de 27 ans, cette interdiction a été maintenue, malgré les évolutions technologiques et énergétiques mondiales. Cependant, en octobre 2026, le gouvernement irlandais envisage de réviser cette position, marquant ainsi un virage significatif dans sa politique énergétique.
L’Irlande fait face à une pression accrue sur son système énergétique en raison de la croissance rapide des centres de données (data centers). Ces infrastructures, essentielles pour le stockage et le traitement des données, consomment actuellement près d’un quart de l’électricité du pays. Cette part pourrait atteindre 30 % d’ici 2032, en raison notamment de l’essor des intelligences artificielles génératives. Cette situation met en lumière la dépendance énergétique de l’Irlande, qui importe les quatre cinquièmes de ses besoins en électricité. Son mix énergétique actuel repose à 40 % sur le gaz et seulement 32 % sur l’éolien, malgré des efforts pour verdir son approvisionnement.
Face à cette crise énergétique, le Premier ministre irlandais, Michael Martin, a récemment déclaré que le pays était désormais « ouvert » à l’idée de réintroduire le nucléaire. Cette déclaration marque un tournant dans le débat public, le nucléaire ayant longtemps été un sujet tabou en Irlande. Un député du parti au pouvoir, James O’Connor, a même déposé un projet de loi visant à lever l’interdiction du nucléaire. Ce changement d’avis s’accompagne d’une évolution de l’opinion publique : selon un sondage d’avril 2026, 43 % des Irlandais soutiennent la levée de l’interdiction, contre 28 % qui y sont opposés.
Les partisans du nucléaire en Irlande s’appuient sur plusieurs arguments pour justifier leur position. James O’Connor, par exemple, cite la Finlande comme modèle : ce pays, de taille comparable à l’Irlande, produit près de 40 % de son électricité grâce au nucléaire. De plus, cette technologie permettrait à l’Irlande de réduire sa dépendance aux énergies fossiles, dont elle importe actuellement 80 % de ses besoins. Enfin, des experts, comme Eamonn O’Reilly, président du comité énergie et action climatique de l’Académie irlandaise d’ingénierie, estiment que l’Irlande pourrait produire jusqu’à 48 % de son électricité grâce à des petits réacteurs modulaires d’ici 2050, en s’inspirant de la stratégie française des années 1970.
Malgré ce revirement, le débat sur le nucléaire reste sensible en Irlande. Si le gouvernement et une partie de la population semblent prêts à envisager cette option, d’autres acteurs expriment des réserves. Le projet de loi déposé par James O’Connor devra donc être discuté au Parlement, où il pourrait rencontrer des oppositions. Par ailleurs, l’Irlande n’a pas encore précisé quels types de réacteurs elle envisage d’utiliser, ni quel calendrier elle prévoit pour leur mise en service. Quoi qu’il en soit, cette discussion reflète une volonté de trouver des solutions durables face à la pression croissante des centres de données et à la nécessité de décarboner son mix énergétique.

