Le média féministe “Emma” ferme ses portes en Allemagne : c’est “la fin du matriarcat”
Cinquante ans après sa fondation, le célèbre magazine féministe allemand “Emma” interrompt son activité. Le journal de gauche “Die Tageszeitung” rend hommage à cette publication marquante, tout en soulignant son “héritage mitigé”..
Le magazine féministe allemand Emma, fondé en 1976 par la militante Alice Schwarzer, a annoncé sa fermeture après 50 ans d'existence. Contrairement à la plupart des médias en difficulté, cette fermeture n'est pas due à des raisons économiques, mais à un manque de repreneurs acceptant de s'associer à la fondatrice. Emma était l'un des médias féministes les plus influents en Allemagne, offrant une plateforme de parole aux femmes sur des sujets variés comme l'avortement, la pornographie ou la justice. Le dernier numéro est prévu pour novembre-décembre 2026, marquant la fin d'une époque pour le féminisme allemand.
Créé en 1976 par Alice Schwarzer, figure majeure du Mouvement de libération des femmes (MLF) en Allemagne, Emma avait pour objectif de contrer les médias masculins dominants, où les femmes étaient souvent exclues des débats. Le magazine a publié près de 400 numéros, majoritairement écrits par des femmes, abordant des thèmes comme la prostitution, la ménopause ou les violences faites aux enfants. Cette initiative a permis de donner une voix aux femmes dans l'espace public allemand, faisant d'Emma un symbole du féminisme en Allemagne pendant des décennies.
Malgré son impact initial, Emma a été critiqué dans ses dernières années pour ses prises de position jugées trop radicales ou divisives. Alice Schwarzer, souvent présentée comme la féministe allemande par excellence, a été accusée de transphobie, d'islamophobie et de propos controversés sur la pornographie, la prostitution ou le voile islamique. Elle a également soutenu des positions politiques controversées, comme son opposition au soutien allemand à l'Ukraine, ce qui a contribué à une perte de lecteurs et de soutien. Selon le journal de gauche Die Tageszeitung (TAZ), Emma a, dans ses dernières années, fait plus de mal que de bien au mouvement féministe en raison de la direction d'Alice Schwarzer.
La fermeture d'Emma a suscité des réactions variées dans la presse allemande. Le journal Die Tageszeitung (TAZ), un média de gauche berlinois fondé en 1978 en réaction au terrorisme d'extrême gauche, a salué l'héritage du magazine tout en soulignant ses échecs récents. Le TAZ titre même son édition du 22 octobre 2026 La fin du matriarcat, en référence à l'influence historique d'Emma dans le paysage médiatique allemand. Ce titre ironique reflète à la fois le succès et les limites du projet féministe porté par le magazine.
L'Allemagne a une longue histoire de débats féministes, avec des figures comme Alice Schwarzer, qui a marqué la vie publique depuis les années 1970. Le pays a également vu émerger des mouvements comme *#MeToo* dans le rap allemand ou des réponses collectives à des propos sexistes, comme ceux de Friedrich Merz sur l'insécurité. Cependant, le féminisme allemand reste un sujet clivant, entre avancées sociales et tensions sur des questions comme la transidentité ou l'islam. La fermeture d'*Emma* illustre ces divisions et l'évolution des combats féministes en Allemagne.

