Le ministre Miller souhaite la réinstallation de la statue de Champlain à Orillia
Marc Miller estime qu’aucune statue ne devrait être déboulonnée..
En juin 2024, la statue controversée de Samuel de Champlain, fondateur de la ville de Québec en 1608, a été démontée à Orillia, une ville de l'Ontario au Canada comptant environ 32 000 habitants. La sculpture, installée sur un socle, représentait Champlain entouré de personnages symbolisant des Autochtones, un missionnaire récollet et un marchand de fourrures. Elle a été vandalisée avant d'être retirée de son emplacement et placée sous une bâche dans un terrain vague en attendant une décision sur son avenir. Ce geste s'inscrit dans un contexte de débats récurrents au Canada sur la représentation des figures historiques liées à la colonisation et aux relations avec les peuples autochtones.
Marc Miller, ministre canadien de l'Identité et de la Culture, a exprimé son souhait de voir la statue de Champlain replacée sur son socle à Orillia. Il considère que les statues sont des expressions de l'identité collective et que leur retrait ne doit pas être une solution systématique. Ancien ministre des Relations Couronne-Autochtones et des Services aux Autochtones, il a souligné l'importance d'avoir des discussions respectueuses sur l'héritage historique, en citant l'exemple de John A. Macdonald, premier premier ministre du Canada, dont les statues ont également été déboulonnées dans plusieurs villes en raison de son rôle controversé dans la création des pensionnats pour Autochtones et de la condamnation à mort du chef métis Louis Riel. Miller a insisté sur la nécessité d'une réflexion organisée et précise avant toute décision de retrait.
Don McIsaac, maire d'Orillia, a accueilli favorablement les propos de Marc Miller. Il souhaite que la statue soit réinstallée, mais avec des modifications pour refléter une vision plus équilibrée des relations entre Champlain et les peuples autochtones. Le groupe de travail municipal avait proposé de mettre tous les personnages du monument sur un même niveau et de retirer le père récollet, en reconnaissance des torts identifiés par la Commission de vérité et réconciliation. Cette commission, créée en 2008, a documenté les abus subis par les enfants autochtones dans les pensionnats du Canada entre le XIXe siècle et 1996. Cependant, le conseil municipal est divisé, et les échanges sont devenus tendus, ce qui a empêché toute avancée sur le devenir de la statue.
Depuis le démontage de la statue, le conseil municipal d'Orillia n'a pas pris de décision concernant son avenir. Trente municipalités ou groupes, dont Tadoussac au Québec, ont proposé de reprendre la statue, mais la ville se trouve dans une impasse. Don McIsaac estime que la statue restera probablement entreposée et sera oubliée, faute de consensus. Il attribue en partie cette situation à l'approche des élections municipales en Ontario, où il a déjà décidé de ne pas se représenter. La Première Nation des Chippewas de Rama, dont est issue une militante arrêtée pour avoir vandalisé la statue, n'a pas répondu aux demandes d'entrevue.
La controverse autour de la statue de Champlain s'inscrit dans un débat plus large au Canada sur la manière de commémorer l'histoire, notamment celle liée à la colonisation et aux relations avec les peuples autochtones. Plusieurs statues de figures historiques controversées, comme John A. Macdonald, ont été retirées ou vandalisées ces dernières années. Ces actions reflètent les tensions persistantes autour de la réconciliation avec les Premières Nations, les Métis et les Inuits. La Commission de vérité et réconciliation a joué un rôle clé en documentant les injustices subies par les Autochtones, notamment dans les pensionnats, et en formulant des appels à l'action pour l'éducation et la reconnaissance des torts historiques.

