Qu’est-ce que « l’affichage parental d’images de mineurs » ?
Les enfants ont aussi une vie privée. Partager des photos d’eux sans leur consentement sur les réseaux sociaux va à l’encontre de leurs droits.
L’expression « affichage parental d’images de mineurs » désigne la pratique des parents qui partagent publiquement des photos, vidéos ou informations concernant leurs enfants sur les réseaux sociaux. Ce terme, officialisé en français par la Commission d’enrichissement de la langue française, remplace l’anglicisme « sharenting », apparu vers 2010 dans la presse anglo-saxonne. Il s’agit d’une contraction des mots anglais « share » (partager) et « parenting » (parentalité), reflétant l’idée d’un partage entre proches. Cependant, la traduction française met l’accent sur l’exposition publique de ces contenus, soulignant que les images, une fois en ligne, échappent largement au contrôle de leurs auteurs. Cette pratique s’est généralisée avec l’essor des réseaux sociaux, où les parents publient spontanément des moments de la vie de leurs enfants, souvent sans mesurer les conséquences à long terme.
Le terme « sharenting » est né dans les années 2010, à une époque où les réseaux sociaux commençaient à se démocratiser. Les journalistes anglo-saxons ont observé que de nombreux parents utilisaient ces plateformes pour partager des photos ou des vidéos de leurs enfants, parfois dès leur naissance. En France, l’expression « affichage parental d’images de mineurs » a été adoptée pour traduire ce phénomène, marquant une différence sémantique importante : elle insiste sur l’aspect public et potentiellement permanent de ces publications. Contrairement à un partage entre proches, l’affichage en ligne expose les enfants à un public bien plus large, incluant des inconnus, et rend les contenus difficiles à supprimer ou à contrôler une fois diffusés.
Les réseaux sociaux ne se contentent pas d’héberger les publications des parents : leur conception même influence les comportements. Les mécanismes comme les « likes », les commentaires ou les algorithmes de recommandation transforment chaque photo en un signal de validation sociale. Les parents, souvent motivés par la fierté ou le besoin de reconnaissance, adoptent alors une logique proche de celle des influenceurs. Ils sélectionnent des angles, des moments ou des filtres pour maximiser les interactions, ce qui peut conduire à une exposition excessive des enfants. Cette dynamique est renforcée par l’apprentissage des enfants, qui observent et intègrent ces habitudes numériques dès leur plus jeune âge.
En France, la loi du 19 février 2024 encadre désormais l’affichage parental d’images de mineurs. Elle impose aux parents d’associer leur enfant, en fonction de son âge et de sa maturité, aux décisions concernant la diffusion de son image. Ce droit s’exerce conjointement par les deux titulaires de l’autorité parentale. L’objectif est de protéger la vie privée des enfants, dont le consentement n’est pas toujours pris en compte avant la publication. Selon l’Observatoire de la parentalité et de l’éducation numérique, plus d’un parent français sur deux a déjà partagé du contenu concernant son enfant sur les réseaux sociaux, ce qui illustre l’ampleur du phénomène et la nécessité d’un cadre juridique.
L’adoption d’un terme spécifique comme **« affichage parental d’images de mineurs »** vise à rendre cette pratique visible et discutable, plutôt que de la considérer comme une évidence technologique. L’expression invite les parents à se questionner : partagent-ils un moment intime ou exposent-ils leur enfant à un public potentiellement inconnu ? Bien qu’il n’existe pas de réponse universelle, il est essentiel de rappeler que l’enfant, même très jeune, n’est pas seulement le sujet d’une image, mais aussi le premier concerné par ses conséquences. Cette prise de conscience est d’autant plus importante que les contenus en ligne peuvent avoir un impact durable sur la réputation ou la vie privée des enfants lorsqu’ils grandissent.

