NapseflowNapseflow
Société

Poumons de chèvre et clou de girofle: voilà comment on soignait la gueule de bois autrefois

Slate FR · mis à jour 26 sept.

Manger des poumons de chèvre avant de boire ou écouter de la musique mélancolique pour purger ses regrets: depuis des millénaires, l'humanité cherche à guérir l'incurable gueule de bois. Mais au-delà de la souffrance physique, cette désagréable sensation du lendemain a longtemps été pensée comme le juste prix à payer pour avoir cédé au péché d'ivresse..

Gueule de bois : souffrance physique et morale

La gueule de bois désigne l’ensemble des symptômes physiques et psychologiques ressentis après une consommation excessive d’alcool, comme des maux de tête, des nausées, une sensation de dégoût de soi ou des regrets. Ces effets s’accompagnent parfois d’une honte liée aux comportements adoptés sous l’emprise de l’alcool, surtout à l’ère des réseaux sociaux où des traces numériques peuvent persister. L’article souligne que le remède le plus efficace reste de modérer sa consommation la veille, mais cette solution n’est pas toujours applicable pour ceux qui en souffrent déjà. Les symptômes incluent aussi une irritabilité accrue, comme le suggère l’irascibilité du personnage biblique Noé après son ivresse. La gueule de bois est donc perçue comme une punition morale pour avoir cédé à l’ivresse, un péché associé à la gourmandise dans la tradition chrétienne.

Ivresse dans l’Antiquité

Dans la Grèce antique, l’ivresse était à la fois un phénomène social et religieux. Platon, dans son Banquet (vers 385-370 av. J.-C.), décrit une soirée où le philosophe Socrate boit avec excès sans souffrir de gueule de bois, contrairement à Alcibiade, dont l’ivresse tapageuse contraste avec la maîtrise de soi. Les fidèles de Dionysos, dieu du vin, voyaient dans l’ivresse un moyen d’atteindre un état de transcendance, comme en témoigne l’Hymne orphique 29 adressé à ce dieu. Les Grecs et les Romains considéraient dangereux de boire du vin non dilué à l’eau, une pratique jugée barbare. L’historien Hérodote rapporte que le roi de Sparte Cléomène Ier serait devenu fou après avoir bu du vin pur avec des Scythes, des guerriers nomades réputés sauvages.

Bible et ivresse : récits symboliques

La Bible évoque à plusieurs reprises des épisodes d’ivresse, comme celui de Noé, qui s’enivre après avoir planté une vigne et est découvert nu par son fils Cham. Ce dernier en informe ses frères, Sem et Japhet, qui couvrent Noé sans le regarder. Les spécialistes interprètent cet acte de Cham de différentes manières, comme un voyeurisme, une castration symbolique ou un inceste avec sa mère, bien que le texte ne précise pas si Noé souffre de gueule de bois. Un autre récit biblique concerne Loth, qui s’enivre à deux reprises au point que ses filles ont des relations avec lui, sans que le texte mentionne explicitement une gueule de bois. Ces récits soulignent une absence de culpabilité liée à l’ivresse, contrairement à la honte moderne.

Christianisme et consommation d’alcool

Dans l’Europe médiévale et moderne, le christianisme a conservé une vision ambivalente de l’alcool : le vin était à la fois un élément sacré, transformé en sang du Christ lors de l’Eucharistie, et un marqueur social, réservé aux plus riches. Les tavernes étaient perçues comme des lieux de perdition, comme le décrit le poème Pierre le laboureur de William Langland au XIVe siècle. Le vin, réservé aux élites, contrastait avec la bière et l’ale, boissons moins coûteuses consommées par les classes populaires et associées à l’ivresse et aux comportements antisociaux. Les autorités religieuses mettaient en garde contre les excès, mais la consommation modérée était tolérée, voire encouragée dans un cadre sacré.

Remèdes médiévaux contre la gueule de bois

Les traités diététiques médiévaux proposaient des remèdes pour prévenir ou atténuer la gueule de bois, souvent inspirés de l’Antiquité. Parmi les aliments recommandés figuraient les amandes, le chou, les coings cuits, l’absinthe et même les poumons de chèvre, censés protéger contre les effets de l’alcool. Après une soirée trop arrosée, les conseils incluaient une activité physique modérée, comme la marche, ainsi que le sommeil. Le vomissement était envisagé en dernier recours. L’écrivain Andrew Boorde, dans son Compendious Regiment (XVIe siècle), décrivait les effets de l’ivresse comme une perte de contrôle des sens et une douleur à la tête, qu’il attribuait à un « ver du malt », une métaphore désignant à la fois un charançon infestant le malt et un grand buveur.

Clou de girofle et recherches modernes

Les traités médiévaux vantaient les vertus du clou de girofle pour soulager les maux d’estomac liés à la gueule de bois. Une étude récente publiée dans la revue Addiction en 2026 a examiné l’efficacité de l’acide tolfénamique, du pyritinol et de l’extrait de clou de girofle, concluant que ce dernier « mérite des recherches plus approfondies », bien que les données soient jugées de « très faible qualité ». Cette idée d’un remède contre la gueule de bois repose sur l’hypothèse contestable qu’il serait possible de réparer les dommages causés par l’alcool, tant sur le plan physique que psychologique. Les auteurs de traités médiévaux, comme Boorde, s’appuyaient sur les connaissances antiques pour proposer des solutions, souvent empiriques.

Ce que ça pourrait changer

L’écrivain britannique Kingsley Amis, dans son ouvrage *On Drink* (1972), distingue les symptômes physiques et métaphysiques de la gueule de bois. Il propose de traiter la dimension psychologique en écoutant une « musique de gueule de bois » ou en lisant des livres adaptés, afin d’éprouver pleinement sa souffrance avant de s’en remettre. Selon lui, il faut « d’abord se sentir plus mal émotionnellement avant de commencer à aller mieux », une idée proche de l’idéal médiéval de mortification. Cette approche suggère que la gueule de bois n’est pas seulement une punition physique, mais aussi une expérience morale à travers laquelle on expie ses excès. Amis considère que masquer les effets de la gueule de bois empêche de tirer les leçons de ses erreurs.

Sujets complémentaires

Ce contenu a été généré par intelligence artificielle à partir de l'article source. Il peut contenir des erreurs ou imprécisions.