Œil pour œil : la Chine envisage à son tour de restreindre l’accès à ses modèles d’IA les plus avancés
Selon Reuters, le ministère chinois du Commerce a réuni Alibaba, ByteDance et Z.ai le mois dernier pour discuter d'un possible verrouillage des modèles d'IA les plus avancés du pays. Objectif affiché : empêcher que la technologie nationale ne profite, de gré ou de force, à des puissances étrangères..
Le ministère chinois du Commerce a réuni en juin 2026 les géants locaux de l’intelligence artificielle (IA) Alibaba, ByteDance et Z.ai pour discuter d’un possible verrouillage des modèles d’IA les plus performants du pays. L’objectif est d’empêcher que ces technologies stratégiques ne tombent entre les mains de puissances étrangères, notamment les États-Unis. Cette initiative s’inscrit dans une logique de protection des actifs technologiques nationaux, similaires à celle adoptée par Washington quelques semaines plus tôt. Les discussions restent pour l’instant informelles et aucun calendrier précis n’a été arrêté. La Chine traite désormais ses modèles d’IA comme des ressources critiques, au même titre que des infrastructures ou des données sensibles.
Parmi les modèles d’IA chinois concernés par ces restrictions potentielles figure le GLM-5.2 de Z.ai, un outil récent et performant qui rivalise avec les offres américaines comme celles d’Anthropic. Les discussions incluent aussi des modèles en open-weight (poids ouverts), une catégorie où Qwen d’Alibaba et Doubao de ByteDance se distinguent par leur accessibilité et leur coût réduit. Le périmètre exact des restrictions n’est pas encore défini, mais elles pourraient s’appliquer uniquement aux futurs modèles développés par ces entreprises. La Chine envisage également de qualifier toute fuite ou vol de ces technologies comme une infraction relevant de sa loi sur la sécurité nationale, un texte particulièrement strict.
Cette mesure s’inscrit dans un contexte de tensions accrues entre la Chine et les États-Unis autour de la maîtrise des technologies d’IA. En juin 2026, Washington a ordonné à Anthropic de désactiver deux de ses modèles d’IA avancés, Fable 5 et Mythos 5, invoquant des raisons de sécurité nationale liées à un jailbreak (contournement des restrictions d’utilisation) potentiel. La Chine craint que des modèles américains comme ceux d’Anthropic ne soient exploités pour nuire à ses intérêts stratégiques, économiques ou militaires. Cette dynamique de rétorsion technologique illustre une course à l’armement numérique entre les deux superpuissances.
Les autorités chinoises considèrent désormais les modèles d’IA comme des actifs stratégiques au même titre que les technologies de défense ou les infrastructures critiques. Les discussions menées avec les entreprises visent à renforcer la protection de ces outils, notamment en limitant leur accès à l’international. Une piste évoquée serait d’étendre la qualification de menace à la sécurité nationale aux cas de fuite ou de vol de ces technologies. Cette approche s’appuie sur une législation chinoise déjà stricte en matière de sécurité, qui pourrait être renforcée pour couvrir spécifiquement les innovations en IA.

