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Culture

L’art à nos portes

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 4 j

En écho à l'émission d'Allons-y voir enregistrée aux Rendez-vous de l'histoire à Blois, ainsi qu'au livre "L'œil capitaliste, Musées, commerce et colonisation" de Sophie Cras, le philosophe Mathieu Potte-Bonneville nous parle électroménager, magnétisme et finitude de l'expérience de l'art..

Magnets et musées

L’article explore une réflexion originale sur la place de l’art dans nos vies quotidiennes, à travers le prisme des magnets (ou magnettes, selon l’Académie française) de réfrigérateur. Ces petits objets, souvent achetés dans les boutiques des musées, deviennent un symbole inattendu de la relation entre l’art et la consommation. L’auteur, le philosophe Mathieu Potte-Bonneville, évoque avec humour la difficulté de trouver de la place pour ces souvenirs sur un frigo déjà saturé d’objets. Cette métaphore illustre une inversion de perspective : et si l’art, au lieu d’être une expérience spirituelle ou esthétique, se réduisait à une simple question d’espace disponible ? L’article suggère que les musées modernes pourraient fonctionner comme des showrooms, où l’exposition des œuvres sert avant tout à promouvoir la vente de produits dérivés, dont les magnets représentent jusqu’à 37 % du volume total.

Économie des musées

Les musées dépendent de plus en plus des revenus générés par la vente de produits dérivés pour financer leurs activités. Selon les données citées, ces produits peuvent représenter jusqu’à 25 % des recettes propres des institutions culturelles. Les magnets, en particulier, occupent une place majeure dans cette économie, avec une part de 37 % du volume total des produits dérivés vendus. Cette dépendance économique soulève une question : les musées sont-ils encore des lieux de préservation et de transmission du savoir, ou sont-ils devenus des espaces commerciaux où l’art sert de vitrine pour des objets à acheter ? L’auteur interroge cette logique en proposant ironiquement d’obtenir des réductions sur les œuvres exposées, arguant qu’elles sont déjà sorties de leur emballage et non magnétiques.

Histoire des magnets

Les magnets de réfrigérateur trouvent leur origine dans l’histoire matérielle du XXe siècle. Leur essor est lié à la généralisation, à partir de 1950, des réfrigérateurs dotés de façades en métal émaillé, un matériau qui permet aux aimants de mieux adhérer. Avant cette période, ces petits objets décoratifs n’existaient pas sous leur forme actuelle. Leur développement reflète aussi une évolution des pratiques culturelles, où l’art s’invite dans les foyers sous forme de souvenirs accessibles. L’article souligne que ces objets, bien que banals, révèlent une transformation profonde de la relation entre l’art et le public, passant d’une expérience contemplative à une consommation tangible et quotidienne.

Art et consommation

L’auteur propose une réflexion sur la frontière entre l’art et la consommation à travers l’exemple des magnets. Il suggère que les musées pourraient être perçus comme des espaces publicitaires déguisés, où l’exposition des œuvres prépare l’achat de souvenirs. Cette idée s’inscrit dans un débat plus large sur l’art commercial et son statut. Par exemple, l’article mentionne un podcast de France Culture intitulé L'art commercial est-il de l'art ?, qui interroge la légitimité de considérer certains produits dérivés comme des œuvres d’art. Cette inversion des rôles entre l’art et ses dérivés invite à repenser la finalité des institutions culturelles et leur place dans la société contemporaine.

Ce que ça pourrait changer

Mathieu Potte-Bonneville utilise les magnets comme métaphore pour aborder une question philosophique plus large : la fin de l’art. Il évoque la pensée de Hegel, qui avait théorisé la *mort de l’art*, mais propose une interprétation plus prosaïque. Selon lui, la fin de l’art survient quand il n’y a plus de place pour y accrocher un souvenir, quand l’expérience artistique se réduit à une accumulation d’objets sans véritable profondeur. Cette réflexion s’appuie sur des références comme le livre *L'œil capitaliste, Musées, commerce et colonisation* de Sophie Cras, qui analyse les liens entre art, économie et pouvoir. L’article suggère que l’art, dans sa forme contemporaine, est souvent réduit à une simple marchandise, perdant ainsi sa dimension subversive ou transformative.

Sujets complémentaires

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