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Société

On a trouvé qui étaient les premiers consommateurs de drogue

Slate FR · mis à jour il y a 6 j

Une nouvelle étude menée par plusieurs scientifiques est venue remettre en cause ce que l'on pensait savoir sur la consommation de substances psychoactives. L'homme aurait commencé à en prendre il y a 25.000 ans..

Découverte archéologique majeure

Une étude publiée dans la revue Science Advances par une équipe internationale de chercheurs remet en cause les connaissances établies sur l’histoire de la consommation de substances psychoactives par l’homme. Jusqu’à présent, les archéologues dataient les premières traces de consommation de drogue à environ 15 000 ans. Cependant, les analyses réalisées sur des dents anciennes découvertes en Indonésie suggèrent que cette pratique remonterait en réalité à 25 000 ans. Cette découverte est d’autant plus surprenante que les scientifiques pensaient que l’usage de substances psychoactives était lié à l’émergence de l’agriculture, il y a environ 13 000 ans, avec la fabrication de boissons alcoolisées fermentées à base d’orge en Israël. Adam Brumm, professeur d’archéologie au Centre australien de recherche sur l’évolution humaine, souligne que cette nouvelle hypothèse ouvre la possibilité que la consommation ancienne de ces substances ait influencé les usages modernes.

La noix de bétel, drogue ancestrale

La substance psychoactive identifiée dans cette étude est la noix de bétel, un stimulant addictif très répandu dans la région Asie-Pacifique. Cette graine de palmier est consommée depuis des millénaires, notamment en Inde et dans le Pacifique Sud, où elle touche environ 10 % de la population mondiale. Pour être consommée, la noix est brûlée, broyée en une poudre fine, puis mélangée à de la chaux vive et de l’eau. Le mélange est enveloppé dans une feuille de bétel et mâché, ce qui produit un léger état psychoactif caractérisé par une vigilance accrue et une euphorie modérée. Jusqu’à présent, les archéologues estimaient que la consommation de noix de bétel datait d’environ 3 500 ans. Les résidus de cette substance ont été découverts sur des dents de deux squelettes de chasseurs-cueilleurs, dont l’un pourrait dater de 25 000 ans, découverts sur l’île de Sulawesi en Indonésie.

Preuves sur les dents anciennes

Les chercheurs ont identifié des traces de consommation de noix de bétel grâce à des indices présents sur les dents des squelettes analysés. Ces dents présentaient des sillons profonds et arrondis, interprétés comme résultant de la mastication répétée de noix de bétel entières. Une analyse biochimique a confirmé cette hypothèse en révélant la présence d’un neuroactif appelé arécoline dans les tissus dentaires. L’arécoline est une molécule active qui, une fois libérée lors de la mastication, modifie le fonctionnement du cerveau et produit des effets physiologiques. Cette découverte suggère que la pratique de mâcher des noix de bétel pour ses effets psychoactifs remonte à au moins 25 000 ans, bien avant l’agriculture et les premières boissons alcoolisées fermentées.

Ce que ça pourrait changer

Cette étude bouleverse la compréhension traditionnelle de l’histoire des substances psychoactives. Elle remet en cause l’idée selon laquelle ces substances étaient uniquement associées à l’agriculture et aux premières civilisations sédentaires. Adam Brumm explique que cette découverte ouvre la possibilité que des comportements modernes liés à la consommation de drogues trouvent leurs racines dans des traditions bien plus anciennes, remontant à l’époque des chasseurs-cueilleurs. En identifiant cette pratique ancestrale, les chercheurs montrent que l’usage de substances psychoactives pourrait être une constante dans l’histoire humaine, bien plus ancienne qu’on ne le pensait. Cette étude souligne également l’importance des méthodes d’analyse biochimique dans l’archéologie moderne, permettant de détecter des traces de consommation même en l’absence de vestiges directs de la substance.

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