« Nous n'avons jamais été climatosceptiques » : comment le RN a retourné sa veste
Alors que Marine Le Pen se lance dans la course à la présidentielle malgré sa condamnation, son parti semble faire volte-face sur le climat. À la faveur des canicules qui s'enchaînent, le RN tente d'effacer des années de discours climatodénialistes et relativistes.
Dans les années 2000, le Rassemblement National (RN), alors appelé Front National (FN), adoptait une posture ouvertement climatosceptique. Ce parti d'extrême droite remettait en cause le consensus scientifique sur le réchauffement climatique, qualifiant les alertes des experts de fake news ou de manipulations politiques. Par exemple, en 2012, Marine Le Pen, alors présidente du FN, déclarait que le changement climatique était un « prétexte pour instaurer une société totalitaire ». Le RN s'opposait également aux politiques environnementales européennes, comme le Pacte vert européen, qu'il jugeait trop coûteuses et inefficaces. À cette époque, le parti prônait une sortie des accords internationaux sur le climat, comme l'Accord de Paris de 2015, qu'il qualifiait de *« piège pour la souveraineté française ».
À partir de 2022, le RN opère un virage spectaculaire en matière de politique climatique. Jordan Bardella, actuel président du parti, affirme désormais que « le RN n'a jamais été climatosceptique », tout en adoptant un discours pro-environnement. Ce revirement s'accompagne d'une volonté de se présenter comme un parti moderne et responsable, capable de gérer les enjeux écologiques. Le parti propose désormais des mesures concrètes, comme la « rénovation thermique des logements » ou le « développement des énergies renouvelables », tout en critiquant les politiques actuelles, jugées trop lentes ou inefficaces. Cette stratégie vise à séduire un électorat plus large, notamment les jeunes et les classes moyennes urbaines, traditionnellement sensibles aux questions environnementales.
Le RN justifie ce changement par plusieurs arguments. D'abord, le parti souligne que les « réalités scientifiques » ne peuvent plus être ignorées, face à l'urgence climatique croissante. Ensuite, il met en avant une « approche pragmatique », affirmant que les solutions écologiques peuvent être compatibles avec la souveraineté nationale et la croissance économique. Par exemple, le RN propose de « produire français » les énergies renouvelables pour réduire la dépendance aux importations. Enfin, le parti explique ce revirement par une volonté de « désamorcer les critiques » sur son manque de crédibilité en matière d'environnement, un sujet souvent utilisé par ses adversaires politiques pour le discréditer.
Les associations écologistes et les partis politiques de gauche, comme Europe Écologie Les Verts (EELV) ou La France Insoumise (LFI), dénoncent ce « greenwashing » du RN. Ils soulignent que les propositions du parti restent floues ou contradictoires, comme son opposition à la « taxe carbone » ou son refus de sortir des subventions aux énergies fossiles. Par exemple, le RN propose de *« geler les prix de l'énergie », une mesure critiquée pour son manque d'ambition écologique. Les écologistes rappellent également que le parti a longtemps nié l'urgence climatique, ce qui rend son changement de discours suspect. Pour eux, ce virage s'inscrit dans une stratégie électoraliste plutôt que dans une réelle volonté de transition écologique.
Ce revirement s'inscrit dans une logique électorale, alors que le RN cherche à élargir son électorat. Les sondages montrent que les questions environnementales gagnent en importance pour les Français, notamment chez les jeunes. Selon une étude de l'*Ifop* en 2023, 78 % des 18-24 ans considèrent le changement climatique comme une **« priorité absolue »*. Le RN mise donc sur cette thématique pour capter une partie de cet électorat, tout en évitant de froisser sa base traditionnelle, souvent sceptique envers les politiques écologiques. Cependant, ce virage divise au sein du parti, certains militants historiques refusant de renier les positions passées du RN sur le climat.

