Un élu républicain dépose des articles de mise en accusation contre Pete Hegseth
Le représentant Thomas Massie reproche notamment au secrétaire à la Défense sa conduite de la guerre en Iran..
Un élu républicain, Thomas Massie, représentant du Kentucky, a déposé huit articles de mise en accusation (impeachment) contre Pete Hegseth, secrétaire à la Défense des États-Unis. Ces accusations visent des violations graves de la Constitution américaine et de la loi sur les mesures de guerre de 1973. Parmi les griefs principaux, Massie reproche à Hegseth d’avoir engagé les États-Unis dans un conflit armé avec l’Iran sans obtenir l’autorisation préalable du Congrès, une institution législative américaine. Cette loi de 1973, appelée War Powers Act, encadre les pouvoirs présidentiels en matière d’engagement militaire et impose au président de consulter ou d’obtenir l’accord du Congrès pour des opérations militaires prolongées. Hegseth est également accusé d’avoir poursuivi les hostilités malgré un vote du Congrès en juin 2024 exigeant le retrait des forces américaines, et ce, au-delà du délai de 60 jours prévu par cette loi. Ces actions, selon Massie, constituent une violation flagrante des règles démocratiques et des limites légales imposées au pouvoir exécutif.
Les accusations portées contre Pete Hegseth ne se limitent pas à la guerre en Iran. Thomas Massie lui reproche également d’avoir ignoré des lois visant à réduire les pertes civiles lors des frappes militaires. Par exemple, une frappe américaine contre une école à Minab, en Iran, aurait causé la mort de plus de 150 personnes, majoritairement des enfants âgés de 7 à 12 ans. Massie accuse aussi Hegseth d’avoir mené des exécutions extrajudiciaires, notamment dans des frappes contre des bateaux accusés de narcotrafic dans les Caraïbes et le Pacifique, faisant plus de 200 morts. D’autres griefs incluent des représailles contre un sénateur démocrate pour avoir appelé les militaires à désobéir à des ordres illégaux, ainsi que l’enlèvement illégal du président vénézuélien déchu Nicolás Maduro et la participation à une guerre illégale au Yémen. Ces actes, selon Massie, constituent un abus de pouvoir et une violation des droits fondamentaux.
Thomas Massie est l’un des rares républicains à critiquer ouvertement Donald Trump et son administration. Cette opposition lui a valu des représailles, comme le soutien de Trump à son adversaire lors d’une primaire républicaine, que Massie a finalement perdue. Malgré cela, il persiste à défier le président en lançant une procédure de mise en accusation contre Hegseth, une démarche inhabituelle au sein du même parti que le président. Massie a utilisé une procédure accélérée qui oblige la Chambre des représentants à examiner les articles de mise en accusation dans les deux jours législatifs suivant leur dépôt. Un vote est prévu d’ici jeudi, à l’approche des élections de mi-mandat de novembre 2024. Bien que cette procédure ait peu de chances d’aboutir, elle place certains républicains dans une position délicate, car la guerre en Iran, impopulaire auprès des Américains, fait monter les prix à la pompe.
Le conflit en Iran a déjà coûté 38 milliards de dollars américains aux États-Unis entre son déclenchement et le début du mois d’août 2024, selon le Bureau du Congrès pour le budget (CBO), une institution non partisane qui évalue les dépenses publiques. Cette somme dépasse les prévisions initiales de Pete Hegseth, qui avait estimé en juillet 2024 que le conflit coûterait 37,5 milliards de dollars d’ici fin septembre 2024. Le CBO précise que la facture pourrait encore augmenter de 2 milliards de dollars par mois si l’intensité des combats diminue, ou de 3 milliards en cas d’escalade. À lui seul, le remplacement des munitions utilisées jusqu’ici représenterait un coût de 21,7 milliards de dollars. Dans un rapport publié en août 2024, Hegseth a reconnu une pénurie de munitions liée à ce conflit, une situation que l’administration Trump avait longtemps niée.
Bien que la procédure de mise en accusation lancée par Thomas Massie ait peu de chances d’aboutir, elle soulève des questions politiques importantes. Plusieurs démocrates, bien que favorables à une mise en accusation, préféreraient attendre une enquête menée par le comité des Forces armées de la Chambre des représentants, notamment si les démocrates devaient reprendre le contrôle de la Chambre après les élections de mi-mandat. En avril 2024, des élus démocrates avaient déjà déposé une résolution similaire pour la mise en accusation de Pete Hegseth. Cette situation illustre les tensions au sein du parti républicain et les divisions sur la gestion des conflits armés, alors que la guerre en Iran reste un sujet sensible pour les électeurs américains en raison de son impact économique.

