Un eurodéputé membre de la commission d’enquête sur Pegasus a été espionné par le logiciel
Les chercheurs du Citizen Lab ont pu montrer que l’iPhone de l’ancien eurodéputé grec Stelios Kouloglou a été infecté par le logiciel espion alors qu’il participait à la commission d’enquête qui enquêtait sur Pegasus. Stelios Kouloglou a été député européen pendant 9 ans, de 2015 à 2024.
Stelios Kouloglou, ancien député européen grec (2015-2024), a été espionné par le logiciel Pegasus alors qu'il participait à la commission d'enquête du Parlement européen sur ce même logiciel. Cette commission, créée en 2022, avait pour mission d'enquêter sur les allégations d'utilisation abusive de Pegasus et d'autres outils de surveillance similaires au sein de l'Union européenne. L'infection de son iPhone a été détectée par les chercheurs du Citizen Lab de l'Université de Toronto, un groupe indépendant spécialisé dans l'analyse des cybermenaces. Ce cas est le premier où un membre de cette commission est publiquement identifié comme victime de Pegasus pendant son mandat.
Pegasus est un logiciel espion développé par l'entreprise israélienne NSO Group, capable d'infecter un smartphone à distance sans que son utilisateur n'ait besoin de cliquer sur un lien ou d'ouvrir un fichier. Il exploite des failles de sécurité, appelées exploits zéro clic, pour s'infiltrer dans l'appareil. Dans le cas de Kouloglou, l'infection a eu lieu le 21 octobre 2022 via l'exploit PWNYOURHOME, qui a été corrigé par Apple dans les versions ultérieures d'iOS (à partir de iOS 16.3.1). Une fois installé, Pegasus permet d'accéder à distance aux messages, appels, contacts et même à la caméra ou au micro du téléphone, transformant l'appareil en outil de surveillance permanente.
L'infection de l'iPhone de Kouloglou coïncide avec une période d'intense activité de la commission d'enquête. Le 26 octobre 2022, celle-ci auditionnait des experts en cybersécurité comme Shane Huntley (Google) et des organisations de défense des droits numériques comme l'EDRi ou THIBER. Kouloglou, en tant que suppléant, a également participé à des déplacements en Grèce et à Chypre pour préparer le rapport initial de la commission. Les chercheurs ont retrouvé des traces d'activité de Pegasus sur son téléphone les 21 octobre 2022, puis les 6 et 7 mars 2023, confirmant une surveillance active pendant cette période critique.
L'analyse de l'infection a été réalisée par le Citizen Lab, et non par une institution européenne. Kouloglou a pris l'initiative de contacter ce laboratoire en mai 2024, soit près de deux ans après la fin de son mandat, alors qu'il avait repris ses activités de journaliste et d'écrivain. Cette détection fortuite souligne l'absence de mécanismes de protection proactive au sein des institutions européennes. Le Citizen Lab n'a pas pu identifier l'auteur de l'espionnage, mais suppose qu'il s'agit du même commanditaire ayant ciblé des journalistes et militants russes et biélorusses, selon des analyses précédentes.
Kouloglou a réagi avec indignation face à cette violation de sa vie privée, déclarant au *Guardian* : « Quand on se rend compte que sa vie privée est scrutée par des personnes malintentionnées, ça énerve ». Il considère cet espionnage comme un problème majeur touchant à la corruption, à la justice et à la démocratie. Le *Citizen Lab* souligne que ce cas illustre les risques liés à l'utilisation de logiciels espions, même dans un cadre institutionnel, et met en lumière les failles de sécurité des appareils mobiles, notamment ceux fonctionnant sous des versions anciennes d'iOS comme la 15.5.

