Lutte contre les noyades : la sécurité de la baignade est une affaire de famille
En France, chaque année, les plus jeunes payent un lourd tribut à la noyade : celle-ci est la principale cause de mortalité par accident de la vie courante. Comment les adolescents appréhendent-ils ce risque ? Quel rôle leurs parents ont-ils à jouer ? Une nouvelle étude esquisse des pistes de réponses..
En France, la noyade représente la première cause de mortalité par accident de la vie courante chez les moins de 25 ans. En 2016, elle était responsable de 23 % de ces décès, soit 135 morts sur un total de 591. Pour les 13-25 ans, ces noyades surviennent principalement en milieu naturel, c’est-à-dire en mer, dans des rivières ou des lacs. Plusieurs facteurs expliquent cette vulnérabilité : méconnaissance des dangers comme les courants de baïne (courants marins puissants et localisés, fréquents sur les plages du Sud-Ouest), une tendance à prendre des risques, un excès de confiance ou l’influence des pairs, surtout chez les garçons. Ce phénomène n’est pas limité à la France, mais s’observe aussi en Australie, en Nouvelle-Zélande ou aux États-Unis. Les adolescents sont donc une cible prioritaire des campagnes de prévention.
Pour évaluer le rôle des parents dans la prévention des noyades chez les adolescents, une enquête a été menée auprès de 416 collégiens âgés de 11 à 15 ans dans un établissement de la région bordelaise, situé à environ une heure des plages océanes. Les élèves ont répondu à un questionnaire sur leurs activités en bord de mer, leurs connaissances des règles de sécurité et leurs réactions face à des scénarios hypothétiques de baignade non surveillée. L’originalité de l’étude réside dans la co-conception du questionnaire avec des élèves suivant l’option « sauvetage aquatique », afin de le rendre plus accessible. Les résultats révèlent une forte exposition aux risques : 92 % des adolescents se sont rendus à l’océan dans l’année, 98 % s’y sont baignés, et 68 % l’ont fait hors des zones surveillées.
Les adolescents interrogés citent les courants de baïne (64 % des réponses) comme le principal danger de l’océan, devant les vagues (36 %) et la marée (17 %). Cependant, leurs connaissances des risques restent limitées : seulement 52 % savent reconnaître les zones de baignade surveillées, matérialisées par des drapeaux rectangulaires jaunes et rouges. Face aux courants, 34 % des jeunes pensent qu’il faut faire la planche, 23 % compteraient sur l’aide des surfeurs, et 20 % appelleraient à l’aide. Ces réponses, bien que pertinentes, ne sont pas partagées par une majorité d’adolescents. Par ailleurs, la marée module l’activité des aléas : les courants de baïne sont plus intenses entre la marée basse et la mi-marée, et les vagues plus violentes à marée haute.
Les parents restent une source majeure d’information pour les adolescents : 57 % des collégiens citent leurs parents comme principale source de connaissances sur les dangers de l’océan, devant la télévision ou la radio (20 %), Internet et les réseaux sociaux (20 %), et l’école (17 %). Les amis ne sont mentionnés que par 8 % des répondants. Dans les scénarios hypothétiques, la présence des parents sur la plage augmente la probabilité que les adolescents se baignent hors des zones surveillées et diminue leur perception du danger. Cet effet diminue avec l’âge des jeunes. Les garçons sont également plus enclins à entrer dans l’eau que les filles. Les parents pourraient aussi influencer indirectement leurs enfants en se baignant eux-mêmes hors des zones surveillées, comme le montre une précédente étude en Nouvelle-Aquitaine.
Dans l’enquête, 66 % des collégiens déclarent avoir suivi des cours de natation en dehors de l’école. Cependant, savoir nager en piscine ne protège pas des dangers du milieu naturel, où le vent, les courants, les vagues et l’absence de repères rendent la situation bien plus complexe. Aux États-Unis, une étude a montré que les parents baissent leur vigilance dès qu’ils estiment que leurs enfants savent nager. En Australie, au moins un quart des adultes sur les plages ne surveillent pas activement les enfants, car leur attention est distraite par d’autres activités. Il est donc essentiel de rappeler que sauver une personne de la noyade ne s’improvise pas et que chaque année, des décès surviennent lors de tentatives de sauvetage.
La baignade en milieu naturel doit toujours se faire dans des zones surveillées par des professionnels du sauvetage, même en présence des parents. Ces zones, mises en place dans les lieux fréquentés, sont une mesure de santé publique, car interdire purement et simplement la baignade est souvent inefficace. La sensibilisation aux risques doit s’étendre à l’ensemble du territoire, pas seulement aux zones côtières. Elle doit impliquer toute la sphère familiale, y compris les adultes. L’environnement aquatique offre des bienfaits pour le bien-être, mais il est crucial de fournir aux adolescents les clés pour en profiter en toute sécurité, afin qu’ils deviennent des adultes responsables.

