Et si le blocage du détroit d’Ormuz se retournait contre l’Iran ?
À la faveur de la guerre entre l’Iran et les États-Unis, lancée il y a six mois, Téhéran a fait de la fermeture du détroit stratégique son atout maître. Mais la pression économique sur le pays et la mise en place par les pays du Golfe de stratégies de contournement risquent d’en éroder la valeur, analyse le spécialiste diplomatique du quotidien britannique “The Guardian”..
Depuis six mois, l’Iran et les États-Unis sont engagés dans un conflit armé. Cette guerre, bien que non déclarée officiellement, a des répercussions majeures sur la région du Moyen-Orient. L’Iran, confronté à des sanctions économiques strictes imposées par les États-Unis, cherche à utiliser sa position géographique comme levier pour faire pression sur ses adversaires. Le détroit d’Ormuz, point de passage obligatoire pour une grande partie du pétrole mondial, est au cœur de cette stratégie. Le bureau du guide suprême iranien a d’ailleurs qualifié ce détroit de "pilier du nouvel ordre sécuritaire de l’Iran", soulignant son importance stratégique pour le pays.
L’Iran menace régulièrement de bloquer le détroit d’Ormuz, un passage maritime situé entre l’Iran et Oman, par lequel transite environ 20 à 30 % du pétrole mondial. Ce détroit est considéré comme un choke point (point de passage stratégique) essentiel pour l’économie mondiale, car il relie le golfe Persique à la mer d’Oman. En cas de blocage, le prix du pétrole pourrait s’envoler, ce qui affecterait gravement les économies dépendantes de cette ressource. Cependant, cette menace pourrait se retourner contre l’Iran, car elle expose le pays à des représailles économiques et militaires, tout en risquant d’éroder la valeur stratégique de ce détroit pour son propre économie.
Face à la menace iranienne, les pays du Golfe, notamment l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et Oman, développent des stratégies pour réduire leur dépendance au détroit d’Ormuz. Ils investissent massivement dans la construction de pipelines et d’infrastructures alternatives pour exporter leur pétrole et leur gaz sans passer par ce détroit. Selon l’analyste Hamid Paktinat, fondateur du Forum des activistes économiques, ces alternatives pourraient réduire de moitié la valeur stratégique du détroit d’Ormuz d’ici trois ans. Cette évolution affaiblirait la capacité de l’Iran à utiliser le détroit comme levier de pression, tout en limitant ses revenus liés au transit des hydrocarbures.
L’Iran subit une pression économique croissante en raison des sanctions américaines, qui visent à asphyxier son économie en limitant ses exportations de pétrole. Le pays risque de perdre des réserves de devises essentielles si la valeur stratégique du détroit d’Ormuz diminue. Certains experts iraniens, comme Hamid Paktinat, exhortent les négociateurs du pays à conclure rapidement un accord pour éviter une aggravation de la crise. Par ailleurs, des visites diplomatiques récentes, notamment celles du ministre des Affaires étrangères d’Oman et du chef de l’armée pakistanaise à Téhéran, pourraient jouer un rôle clé dans la renégociation des conditions de réouverture du détroit et la relance des protocoles d’accord entre les États-Unis et l’Iran.
Plusieurs acteurs régionaux jouent un rôle central dans cette crise. Oman, par exemple, est un pays neutre qui pourrait servir de médiateur entre l’Iran et les pays du Golfe. Le ministre des Affaires étrangères d’Oman, Badr Albusaidi, a effectué une visite à Téhéran pour discuter des conditions de réouverture du détroit. De même, le chef de l’armée pakistanaise, Asim Munir, a également rencontré des responsables iraniens. Ces rencontres pourraient faciliter la recherche de solutions diplomatiques et réduire les tensions dans la région. Leur rôle est d’autant plus important que le Pakistan et Oman sont des pays clés pour la stabilité du détroit d’Ormuz.
Le détroit d’Ormuz est un point névralgique pour l’économie mondiale, car il permet le transit de millions de barils de pétrole chaque jour. Une perturbation de ce flux pourrait entraîner une hausse des prix de l’énergie, affectant les économies des pays importateurs, notamment en Europe et en Asie. Pour l’Iran, cette situation est un paradoxe : bien que le détroit soit un atout stratégique, son blocage pourrait aggraver la crise économique du pays en réduisant ses revenus liés au transit des hydrocarbures. Les pays du Golfe, en développant des alternatives, cherchent à minimiser leur dépendance à ce détroit, ce qui affaiblit encore davantage la position de l’Iran.

