En Afrique centrale et australe, de nouveaux corridors pour l’acheminement des ressources
Les corridors, réhabilités ou en construction, illustrent, sur le continent africain, la course mondiale aux minerais stratégiques. Axes de développement pour les économies locales, ils s’inscrivent aussi dans des stratégies rivales, entre investissements chinois, américains et européens..
L’Afrique centrale et australe voit émerger de nouveaux corridors logistiques, des axes de transport terrestres (routes, voies ferrées) et maritimes qui relient les zones d’exploitation minière aux ports. Ces corridors, souvent intermodaux (combinant plusieurs modes de transport), visent à faciliter l’acheminement des ressources naturelles vers les marchés internationaux. Leur développement s’accélère depuis plus de 25 ans, avec des infrastructures existantes rénovées et de nouvelles voies en construction. Ces axes sont stratégiques car ils permettent d’exporter des minerais (cuivre, cobalt, etc.), essentiels pour la transition énergétique mondiale, ainsi que des produits agricoles ou manufacturés. Leur modernisation s’inscrit dans une dynamique plus large de corridorisation, un terme utilisé pour décrire cette transformation des réseaux de transport africains.
Plusieurs corridors se distinguent en Afrique centrale et australe. Le corridor de Maputo (Mozambique) relie le port de Maputo à l’Afrique du Sud via des axes routiers et ferroviaires, transportant minerais, produits agricoles et manufacturés. Le corridor de Beira (Mozambique) connecte le port de Beira au Zimbabwe, à la Zambie, au Malawi et au sud de la République démocratique du Congo (RDC), avec une liaison ferroviaire et un oléoduc. Le corridor de Nacala (Mozambique) dessert le Malawi et la Zambie via une ligne ferroviaire. Enfin, le corridor de Lobito (Angola) est le plus stratégique : il relie le port angolais de Lobito aux zones minières de la RDC et de la Zambie, avec des investissements majeurs des États-Unis et de l’Union européenne. Ces corridors sont souvent présentés comme des alternatives aux routes dominées par la Chine, notamment face au projet chinois de modernisation de la ligne Tazara (Zambie-Tanzanie).
Ces corridors ne sont pas seulement des infrastructures de transport, mais aussi des leviers géopolitiques et économiques. Ils permettent aux pays africains de mieux contrôler l’exportation de leurs ressources et de réduire leur dépendance aux routes traditionnelles, souvent dominées par des acteurs étrangers. Par exemple, le corridor de Lobito est perçu comme une réponse occidentale aux investissements chinois en Afrique, notamment via la modernisation de la ligne Tazara. Ces projets s’inscrivent dans une rivalité plus large entre la Chine, les États-Unis et l’Europe pour l’accès aux minerais stratégiques, comme le cobalt ou le cuivre, essentiels pour les technologies vertes. Cependant, ces corridors sont aussi présentés comme des outils d’intégration économique régionale, notamment dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), un marché unique visant à stimuler le commerce intra-africain.
Les investissements dans ces corridors sont portés par des acteurs variés. La Chine, déjà présente via des projets comme la ligne Tazara, continue de financer des infrastructures en Afrique. Les États-Unis et l’Union européenne, de leur côté, soutiennent des corridors comme celui de Lobito, avec des montants non précisés mais décrits comme « massifs ». Ces investissements s’accompagnent parfois de conditions, comme l’accès aux ressources ou la sécurisation des zones minières. Par exemple, les États-Unis et l’UE pourraient faciliter l’exportation des minerais de la RDC et de la Zambie via le corridor de Lobito, tout en renforçant leur influence dans la région. Ces dynamiques illustrent une course aux ressources où chaque puissance cherche à sécuriser son approvisionnement en minerais critiques.
Au-delà des enjeux géopolitiques, ces corridors sont présentés comme des accélérateurs de développement pour les pays africains. En améliorant les connexions entre les zones intérieures et les ports, ils facilitent le commerce et stimulent les économies locales. Par exemple, le corridor de Nacala permet au Malawi et à la Zambie d’exporter plus facilement leurs produits agricoles et miniers, tandis que le corridor de Beira ouvre des débouchés pour le Zimbabwe et le sud de la RDC. Ces projets s’inscrivent dans une logique d’*intégration sous-régionale*, où les pays africains cherchent à renforcer leurs échanges commerciaux et à réduire leur dépendance aux marchés extérieurs. Cependant, leur succès dépendra aussi de la stabilité politique et de la gestion des infrastructures, deux défis majeurs dans la région.

