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Société

L'extrême pauvreté dans le monde qui avait fortement diminué, ne recule plus

Observatoire des Inégalités · mis à jour 29 sept.

Plus de 850 millions de personnes dans le monde vivent avec moins de 2,60 euros par jour. En trente ans, la part de la population extrêmement pauvre a été divisée par quatre.

Baisse historique de la pauvreté

Entre 1994 et 2024, le nombre de personnes vivant sous le seuil d’extrême pauvreté a chuté de 2,3 milliards à 847 millions, selon les estimations de la Banque mondiale. Ce seuil est fixé à 3 dollars par jour et par personne, soit environ 2,60 € en 2021 (en parité de pouvoir d’achat, un concept qui ajuste les montants en fonction du coût de la vie dans chaque pays). En proportion, la part de la population mondiale concernée est passée de 41 % à 10 %, malgré une augmentation de 2,5 milliards d’habitants sur la période. Cette baisse spectaculaire s’explique par le développement économique de plusieurs régions, notamment en Asie de l’Est et Pacifique, où plus d’un milliard de personnes étaient extrêmement pauvres en 1994, contre seulement 47 millions en 2024. La Chine et l’Indonésie ont joué un rôle majeur dans cette transformation.

Afrique subsaharienne en retard

L’Afrique subsaharienne a également connu une réduction de l’extrême pauvreté, mais à un rythme plus lent. En 1994, 65 % de sa population vivait avec moins de 3 dollars par jour, contre 45 % en 2024. Cependant, le nombre absolu de personnes extrêmement pauvres a augmenté, passant de 375 millions à 582 millions, en raison de la croissance démographique. Aujourd’hui, 69 % des personnes vivant dans l’extrême pauvreté dans le monde se trouvent en Afrique subsaharienne, contre seulement la moitié en Asie de l’Est dans les années 1990. Cette région reste donc le principal foyer de la pauvreté mondiale, malgré des progrès relatifs.

Arrêt des progrès depuis 2018

Depuis 2018, la réduction de l’extrême pauvreté a marqué un coup d’arrêt. En Afrique subsaharienne, le taux d’extrême pauvreté est resté stable entre 2014 et 2024, à 45 %. Au Moyen-Orient, la situation s’est même dégradée depuis 2020, en raison des crises humanitaires liées aux conflits dans des pays comme la Syrie, le Yémen ou le Liban. Ces tensions ont perturbé les économies locales et aggravé la précarité. La Banque mondiale souligne que ces reculs s’inscrivent dans un contexte où les progrès antérieurs étaient déjà inégaux selon les régions, avec des dynamiques économiques très contrastées.

Pauvreté relative et seuils variables

Le seuil de 3 dollars par jour permet de mesurer l’extrême pauvreté, mais il ne reflète pas l’ensemble des situations de précarité. Si l’on élargit ce seuil à 8,30 dollars par jour (environ 200 € par mois), le nombre de personnes pauvres dans le monde passe à 3,8 milliards, soit près de la moitié de la population mondiale. Cela montre que la sortie de l’extrême pauvreté ne signifie pas nécessairement une amélioration significative des conditions de vie. Dans de nombreux pays, les inégalités se creusent entre les classes moyennes et les plus pauvres, même lorsque ces derniers ne vivent plus dans la misère absolue.

Ce que ça pourrait changer

Bien que le nombre de personnes vivant sous le seuil d’extrême pauvreté ait fortement diminué, les défis restent immenses. D’abord, la pauvreté relative persiste : des millions de personnes dépendent encore d’une économie de *subsistance*, c’est-à-dire qu’elles produisent elles-mêmes la majeure partie de leur nourriture et de leurs besoins essentiels, sans revenus monétaires suffisants. Ensuite, les crises récentes (conflits, pandémies, changements climatiques) menacent de faire reculer les progrès accomplis. Enfin, les inégalités entre les régions et au sein des pays se maintiennent, voire s’aggravent, limitant l’accès des plus pauvres à des services de base comme la santé ou l’éducation.

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