Jean Allaire, cofondateur et premier chef de l’ADQ, est décédé
Il a aussi publié, en 1991, un rapport prônant un renforcement de la position du Québec face à Ottawa..
Jean Allaire, avocat et militant politique québécois, est décédé le 25 août 2023 à l’âge de 96 ans. Bien qu’il n’ait jamais été élu député à l’Assemblée nationale du Québec, il a marqué l’histoire politique de la province en tant que cofondateur et premier chef de l’Action démocratique du Québec (ADQ). Son influence s’étend aussi à travers le rapport Allaire, un document clé publié en 1991 qui proposait une réforme constitutionnelle ambitieuse pour renforcer l’autonomie du Québec face au gouvernement fédéral canadien. Ce rapport a joué un rôle central dans les débats politiques de l’époque, notamment après l’échec de l’accord du lac Meech en 1990, un compromis constitutionnel rejeté par les provinces canadiennes qui visait à reconnaître le Québec comme une société distincte.
En 1991, Jean Allaire a rédigé le rapport Allaire, intitulé officiellement Un Québec libre de ses choix. Ce document proposait une décentralisation massive des pouvoirs du gouvernement fédéral vers le Québec, suggérant que l’État québécois obtienne l’autorité législative exclusive dans 22 domaines de compétence fédérale. Parmi ces domaines figuraient des champs comme l’éducation, la santé, la culture ou encore les communications. L’objectif était de réduire la dépendance du Québec envers Ottawa et de contrer la montée du sentiment nationaliste qui poussait certains à réclamer l’indépendance totale. Le rapport a été adopté lors du 25e congrès du Parti libéral du Québec (PLQ), alors dirigé par Robert Bourassa. Cependant, face à l’accord constitutionnel de Charlottetown en 1992, jugé insuffisant par Allaire, celui-ci s’est opposé à la position de son parti, déclenchant une crise interne.
Le désaccord entre Jean Allaire et le chef du Parti libéral du Québec (PLQ), Robert Bourassa, s’est cristallisé autour de l’accord de Charlottetown, un compromis constitutionnel proposé par le gouvernement fédéral en 1992. Allaire jugeait cet accord trop modeste et a refusé de le soutenir, tout comme Mario Dumont, alors président de la commission jeunesse du PLQ. Leur opposition a provoqué une scission au sein du parti, menant à leur départ en 1992. Ensemble, ils ont fondé le Groupe Réflexion Québec en 1993, un mouvement visant à promouvoir une réforme constitutionnelle plus radicale. Ce conflit a illustré les tensions entre les partisans d’une autonomie accrue et ceux favorables à une approche plus modérée au sein du PLQ.
En janvier 1994, Jean Allaire et Mario Dumont ont créé l’Action démocratique du Québec (ADQ), un parti politique se positionnant au centre-droit de l’échiquier politique. L’ADQ se présentait comme une troisième voie pour les Québécois, ni souverainistes ni fédéralistes, mais autonomistes. Cette orientation visait à obtenir davantage de pouvoirs du gouvernement fédéral en occupant tous les champs de compétence possibles, sans pour autant réclamer l’indépendance. À sa fondation, Jean Allaire est devenu le premier chef de l’ADQ, mais il a dû démissionner après seulement deux mois en raison de problèmes cardiaques. Mario Dumont, alors âgé de 23 ans, a pris la relève et a dirigé le parti pendant près de 15 ans.
L’ADQ a connu son apogée aux élections générales de 2007, devenant l’opposition officielle avec 41 députés face à un gouvernement libéral minoritaire. Cependant, le parti a perdu la majorité de ses sièges dès 2008, ce qui a conduit à la démission de Mario Dumont. En 2011, François Legault a fondé la Coalition avenir Québec (CAQ), un nouveau parti dont les positions se rapprochaient de celles de l’ADQ. Jean Allaire, bien qu’il continuait de soutenir l’ADQ, a milité en faveur d’une fusion entre les deux formations. Ses conseils et son influence ont joué un rôle clé dans la décision des adéquistes de rejoindre la CAQ en 2012. Allaire est resté actif dans l’espace public après cette fusion, commentant régulièrement des enjeux politiques et soutenant certaines réformes, comme celle du mode de scrutin ou de la charte des valeurs du gouvernement péquiste de Pauline Marois.

