Au sein de l’AfD, on rêve d’annexer les Sudètes, une partie de l’Italie et l’Alsace-Lorraine
Nous cartographions les frontières révisionnistes de la « Grande Allemagne » L’article Au sein de l’AfD, on rêve d’annexer les Sudètes, une partie de l’Italie et l’Alsace-Lorraine est apparu en premier sur Le Grand Continent..
L’Alternative für Deutschland (AfD) est un parti politique allemand classé à l’extrême droite. Depuis 2026, certains de ses membres, notamment au sein de sa jeunesse (Generation Deutschland), multiplient des déclarations appelant à la reconquête de territoires ayant appartenu à l’espace germanophone avant d’être rattachés à d’autres pays européens. Ces prises de position, appelées signaux irrédentistes, visent des régions comme les Sudètes (actuelle Tchéquie), une partie du Sud-Tyrol (Italie), ou encore l’Alsace-Lorraine (France). Aucune de ces déclarations n’a été officiellement désavouée par la direction du parti, bien qu’elles émanent parfois de simples militants ou élus locaux. L’irrédentisme désigne ici une volonté de récupérer des territoires considérés comme perdus ou injustement séparés d’une nation, un concept souvent associé aux mouvements nationalistes.
Les Sudètes sont une région montagneuse de l’actuelle Tchéquie, majoritairement peuplée d’Allemands avant la Seconde Guerre mondiale. En 1938, l’Allemagne nazie a annexé cette zone, avant qu’elle ne soit restituée à la Tchécoslovaquie après 1945. En mai 2026, des élus de l’AfD en Bavière ont demandé l’abrogation des décrets Beneš de 1945, des lois tchécoslovaques ayant servi de base légale à l’expulsion des Allemands des Sudètes après la guerre. Lors d’un congrès des Allemands des Sudètes organisé en Tchéquie, des membres de l’AfD ont défendu la tenue de cette manifestation, malgré l’opposition du parti tchèque d’extrême droite Liberté et démocratie directe (SPD), avec lequel l’AfD partage un groupe au Parlement européen. Ces décrets restent un sujet sensible, symbolisant pour certains la souffrance des populations germanophones expulsées.
Le Sud-Tyrol est une région autonome du nord de l’Italie, frontalière avec l’Autriche, où une minorité germanophone représente environ 60 % de la population. Le parti local Süd-Tiroler Freiheit, fondé par Eva Klotz, milite pour une plus grande autonomie, voire une séparation d’avec l’Italie. Le 12 septembre 2026, Jean-Pascal Hohm, chef de Generation Deutschland (la jeunesse de l’AfD), a participé à un congrès de ce parti et a repris son slogan : « Le Sud-Tyrol n’est pas l’Italie », marquant ainsi son soutien à une possible annexion par l’Allemagne. Cette région est un enjeu historique pour les mouvements germanophones, car elle a été rattachée à l’Italie après la Première Guerre mondiale, malgré sa majorité germanophone.
L’Alsace-Lorraine est une région frontalière entre la France et l’Allemagne, dont le territoire faisait partie du Saint-Empire romain germanique avant d’être progressivement annexé par la France entre le XVIIe et le XXe siècle. Elle a été rattachée à l’Allemagne à deux reprises : en 1871 après la défaite française face à la Prusse, puis en 1940 sous le régime nazi. En mai 2026, Tomasz Froelich, député européen de l’AfD, a critiqué la France pour sa « politique agressive d’assimilation linguistique », affirmant que 90 % de la population alsacienne parlait encore l’alsacien il y a trois générations, contre une minorité aujourd’hui. Le 9 mai 2026, un militant de Generation Deutschland, Marco Eggebrecht, a posté sur X une photo avec le message : « Comment je te regarde quand j’entends : l’Alsace-Lorraine doit redevenir une possession allemande ».
La Prusse-Orientale était une province allemande située à l’est du pays, aujourd’hui partagée entre la Pologne et la Russie (Kaliningrad). Après la Seconde Guerre mondiale, sa population germanophone a été expulsée par les autorités soviétiques et polonaises. L’association Landsmannschaft Ostpreußen représente les descendants de ces expulsés et milite pour la reconnaissance de leur histoire. En mai 2026, cette association a été classée comme « organisation indésirable » par la Russie, ce qui a provoqué une réaction de l’AfD. Le parti a demandé au gouvernement allemand si des discussions avaient eu lieu avec Moscou à ce sujet. Ces revendications s’inscrivent dans une logique de mémoire historique, où certains groupes cherchent à réhabiliter le passé allemand dans des territoires aujourd’hui étrangers.
Ces prises de position irrédentistes de l’AfD s’inscrivent dans un contexte de montée des discours nationalistes en Europe. Le parti, qui siège au Parlement européen dans le groupe *Europe des nations souveraines (ESN)*, partage des alliances avec des partis d’extrême droite tchèques et italiens, malgré des désaccords sur certains sujets. Aucune de ces déclarations n’a fait l’objet de sanctions disciplinaires au sein de l’AfD, ce qui suggère une tolérance, voire une approbation implicite, de la part de certains cadres. Le 3 octobre 2026, jour de l’unité allemande (célébrant la réunification de 1990), Luca Maurice Strauf, un dirigeant de *Generation Deutschland*, a qualifié cette réunification de *« victoire d’étape »* avant une *« grande solution allemande »*, évoquant une carte incluant l’Alsace-Lorraine et l’Autriche, mais excluant d’autres régions comme la Silésie. Il a depuis supprimé ce message.

