Une vague anti-LGBT+ monte en Indonésie
La culture LGBT+ est considérée comme une « menace non militaire », selon une réglementation indonésienne..
L'Indonésie, pays à majorité musulmane comptant 284 millions d'habitants dont 90 % de musulmans, est le théâtre d'une montée des violences et discriminations envers les personnes LGBT+. Cette communauté, déjà marginalisée depuis des décennies, subit une intensification des agressions et des discours hostiles. En octobre 2025, le président Prabowo Subianto a qualifié la culture LGBT+ de menace non militaire, une expression désignant un danger pour la société sans lien avec un conflit armé. Cette déclaration s'inscrit dans un contexte où 10 % de la population indonésienne est chrétienne, hindouiste, bouddhiste ou confucianiste, mais où l'islam reste la religion dominante influençant les normes sociales. Les responsables politiques et religieux multiplient les propos homophobes, tandis que des propositions de lois visant à criminaliser l'homosexualité sont en cours d'examen au Parlement.
Les violences envers les personnes LGBT+ en Indonésie ont atteint un niveau inédit, selon les organisations de défense des droits. En 2024 et 2025, le groupe Arus Pelangi a recensé 94 cas de violence impliquant 141 victimes, mais précise que ces chiffres ne représentent qu'une partie des agressions, car beaucoup ne sont pas signalées. Récemment, une dizaine de femmes transgenres ont été agressées à Bogor, près de Jakarta. Sur les réseaux sociaux, des vidéos circulent montrant des groupes se faisant appeler chasseurs de boti, un terme péjoratif indonésien désignant les hommes gais, qui harcèlent des personnes LGBT+ dans les rues. Les militants dénoncent une banalisation de la violence, avec des cas où des personnes LGBT+ sont déshabillées de force ou aspergées d'urine. Cette atmosphère de peur pousse les individus à s'autocensurer, comme Pierre, un médecin homosexuel originaire de Java, qui cache son orientation sexuelle même à sa famille et évite de publier des photos compromettantes sur les réseaux sociaux.
Selon Usman Hamid, directeur exécutif d'Amnistie internationale Indonésie, la répression anti-LGBT+ s'apparente à une manœuvre de diversion politique. Le gouvernement détournerait l'attention des citoyens en désignant la communauté LGBT+ comme bouc émissaire, plutôt que de répondre à leurs revendications ou aux problèmes sociaux réels. Cette stratégie est particulièrement visible dans les universités, où des étudiants organisent des rassemblements pour exclure des camarades identifiés comme homosexuels. En juin 2025, un étudiant de Jakarta a été visé après avoir été aperçu en train d'embrasser un autre homme sur le campus. Le ministre indonésien chargé des Droits de la personne et de l'Immigration, Yusril Ihza Mahendra, affirme que le décret présidentiel ne vise pas les individus LGBT+, mais leur propagande et leur mode de vie. Il insiste sur le respect des droits humains, tout en soulignant que l'objectif est de contrer une idéologie jugée dangereuse.
La peur des discriminations pousse les personnes LGBT+ à éviter les établissements de santé, même en cas de maladies sexuellement transmissibles. Pierre, le médecin homosexuel interrogé, alerte sur les risques pour la santé publique : les individus hésitent à se faire soigner par crainte d'être stigmatisés ou dénoncés. Cette situation aggrave les problèmes médicaux et peut, dans les cas extrêmes, mettre des vies en danger. Les militants comme Dania Joedo rapportent des cas de violences extrêmes, où des personnes LGBT+ sont humiliées ou agressées physiquement. L'anthropologue Dede Tresna Wiyanti souligne que l'opposition aux personnes LGBT+ n'est pas nouvelle, mais que le discours des conservateurs religieux et politiques devient de plus en plus radical, avec des appels à éliminer cette communauté de la société indonésienne.
Plusieurs acteurs clés alimentent le climat anti-LGBT+ en Indonésie. Indra Zulfanudin, fondateur du groupe Bogor Clean LGBT+, déclare ouvertement vouloir éliminer les LGBT+ d'Indonésie, estimant qu'ils ont une mauvaise influence, notamment sur les adolescents. Ce discours est relayé par des élus islamiques et des responsables politiques, qui multiplient les propositions de lois répressives. Pourtant, certains acteurs, comme le ministre Yusril Ihza Mahendra, tentent de nuancer leur position en affirmant respecter les droits des individus LGBT+, tout en s'opposant à leur mode de vie. Les organisations de défense des droits humains, comme Amnistie internationale Indonésie, dénoncent cette hypocrisie et soulignent que les violences contre les personnes LGBT+ se multiplient, malgré les déclarations officielles. La société civile, quant à elle, reste divisée entre ceux qui soutiennent les droits LGBT+ et ceux qui les rejettent au nom de la morale religieuse.
Les témoignages des personnes LGBT+ en Indonésie illustrent l'ampleur de la crise. Pierre, un médecin homosexuel, exprime son sentiment de rejet : *Je suis fier de mon héritage indonésien. Mais aujourd'hui, je réalise que mon amour pour ce pays n'est peut-être pas réciproque*. Son histoire reflète celle de nombreux Indonésiens LGBT+, contraints de vivre dans la clandestinité pour éviter les violences ou les discriminations. Les militants comme Dania Joedo, une femme transgenre, décrivent un quotidien marqué par la peur et l'humiliation, où la violence est banalisée par une partie de la société. Pour eux, la situation actuelle menace non seulement leur sécurité, mais aussi leur santé et leur bien-être mental. Malgré cela, certains continuent de lutter pour leurs droits, comme en témoigne la participation de Kaycia Lee, une Indonésienne, au concours de beauté transgenre *Miss International Queen 2025* en Thaïlande.

