Les émissions de GES du Canada ont continué d’augmenter en 2025
La baisse des émissions du secteur des énergies fossiles ne suffit pas à inverser la tendance, selon un rapport..
En 2025, les émissions de gaz à effet de serre (GES) du Canada ont augmenté d’environ 1 % par rapport à 2024, atteignant 691 millions de tonnes de dioxyde de carbone (CO₂). Cette quantité équivaut aux émissions produites par 161 millions de voitures à essence circulant pendant un an. Le Canada s’éloigne ainsi de ses objectifs climatiques fixés dans l’accord de Paris : réduire ses émissions de 40 à 45 % par rapport à 2005 d’ici 2030, et atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Selon l’Institut climatique du Canada, le pays accusera un retard d’au moins 20 ans pour atteindre son objectif de 2030. Les émissions actuelles ne sont inférieures que de 9,5 % au niveau de 2005, alors que l’objectif était une réduction de 10,3 % en 2025. Le Canada est le pays du G7 le moins performant en matière de réduction des GES.
Le secteur pétrolier et gazier canadien a réduit ses émissions de 0,2 % en 2025, malgré une production record de pétrole brut (+4 % par rapport à 2024). Cette baisse s’explique par une réduction des émissions de méthane, un gaz à effet de serre très puissant, et par une amélioration de l’efficacité énergétique dans l’extraction et le transport du pétrole. Les émissions des sables bitumineux ont cependant augmenté de 844 000 tonnes, mais cette hausse a été compensée par une baisse de 1,3 million de tonnes dans l’extraction conventionnelle de pétrole et de gaz. Ces progrès restent limités, car le secteur continue de contribuer fortement aux émissions nationales.
En 2025, les bâtiments (logements et structures commerciales) ont été le principal facteur d’augmentation des émissions de GES au Canada. Cette hausse est attribuée à un hiver plus rigoureux, qui a accru la demande en chauffage. Ross Fraser-Minten, directeur par intérim de 440 Megatonnes, souligne que cette sensibilité des bâtiments aux températures reflète leur dépendance aux combustibles fossiles. Une électrification massive des systèmes de chauffage permettrait de réduire cette dépendance et les émissions associées. Actuellement, les bâtiments restent un secteur clé à décarboner pour atteindre les objectifs climatiques.
La production d’électricité a également contribué à la hausse des émissions en 2025, principalement en raison d’un recours accru au gaz naturel. Bien que le gaz naturel émette moins de CO₂ que le charbon ou le pétrole, il reste un combustible fossile. Depuis 20 ans, la demande énergétique a été majoritairement satisfaite par le gaz naturel, limitant les réductions d’émissions. Le gouvernement fédéral a adopté en début d’année une stratégie nationale d’électricité reposant largement sur le gaz naturel pour doubler la capacité du réseau d’ici 2050. Cette stratégie vise à répondre à la demande de manière flexible et abordable, mais elle risque de freiner les progrès climatiques.
Les hausses d’émissions de 2025 sont en partie attribuées aux politiques fédérales menées sous Justin Trudeau, jugées insuffisantes par l’Institut climatique du Canada. Le nouveau gouvernement de Mark Carney a annoncé des changements, comme l’affaiblissement de la tarification du carbone dans l’industrie et le report de réglementations sur le méthane. Fraser-Minten craint que ces mesures n’entraînent une augmentation des émissions dans les années à venir. Il met en garde contre la suppression possible de la réglementation sur l’électricité propre, qui pourrait inverser les progrès réalisés dans la décarbonation du réseau électrique. Le gouvernement Carney justifie ces choix par des arguments économiques et de division sociale, mais les experts alertent sur leurs conséquences environnementales.

