Césarienne : des chercheurs explorent un lien potentiel avec un risque plus élevé de leucémie infantile
Une vaste étude suédoise révèle un lien entre césariennes planifiées et un risque accru de leucémie aiguë lymphoblastique chez les enfants. Les chercheurs soulignent les implications de ces accouchements non justifiés médicalement sur la santé à long terme des enfants..
En Suède, une étude publiée en juillet 2025 par le Karolinska Institutet et relayée dans The International Journal of Cancer a analysé les données de plus de 2,4 millions de naissances pour explorer un lien entre les césariennes programmées et un risque accru de leucémie aiguë lymphoblastique (LAL) chez l’enfant. Cette leucémie, notée LAL, est la forme la plus fréquente de cancer pédiatrique. Les chercheurs ont utilisé des registres nationaux suédois, réputés pour leur précision, afin de retracer l’historique médical des enfants, en distinguant notamment les césariennes programmées de celles réalisées en urgence. L’objectif était de mieux comprendre les effets à long terme du mode d’accouchement sur la santé des enfants.
L’étude a mis en évidence une distinction cruciale entre les césariennes programmées à l’avance et celles réalisées en urgence. Les césariennes programmées, effectuées avant le début du travail, empêchent l’enfant d’être exposé aux bactéries vaginales et intestinales de sa mère, un contact essentiel pour le développement de son système immunitaire. En revanche, les césariennes en urgence ou les accouchements par voie basse permettent cette exposition. Les chercheurs ont exclu les enfants présentant des malformations congénitales ou des troubles génétiques connus pour augmenter le risque de leucémie, et ont pris en compte des variables comme le niveau d’éducation des parents, l’âge gestationnel ou le poids de naissance pour limiter les biais.
Le microbiote désigne l’ensemble des micro-organismes (bactéries, virus, champignons) qui colonisent naturellement le corps humain dès la naissance. Lors d’un accouchement par voie basse ou d’une césarienne en urgence, le nouveau-né est exposé aux bactéries maternelles, ce qui joue un rôle clé dans la maturation de son système immunitaire. Une césarienne programmée prive l’enfant de ce premier contact microbien, le colonisant plutôt par des bactéries environnementales ou hospitalières. Selon Christina-Evmorfia Kampitsi, chercheuse au Karolinska Institutet, cette altération précoce pourrait perturber l’équilibre du système immunitaire et favoriser le développement de cellules anormales, comme celles à l’origine de la leucémie aiguë lymphoblastique (LAL).
Lors d’un accouchement par voie basse, les contractions et le passage dans le canal vaginal provoquent un stress physiologique modéré chez le bébé. Ce stress déclenche la libération d’hormones comme le cortisol, qui jouent un rôle dans la maturation des fonctions immunitaires et métaboliques. Une césarienne programmée, en l’absence de travail, prive l’enfant de ce signal hormonal. Les chercheurs suggèrent que cette absence pourrait perturber certaines étapes cruciales du développement cellulaire, augmentant potentiellement le risque de leucémie. Ces mécanismes restent encore mal compris et nécessitent des recherches complémentaires.
L’étude révèle une augmentation de 29 % du risque de leucémie aiguë lymphoblastique de type B (LAL-B) chez les enfants nés par césarienne programmée, par rapport à ceux nés par voie basse. Cependant, la LAL-B reste une maladie rare, avec seulement 50 à 70 nouveaux cas par an en Suède. L’excès de risque se traduit concrètement par un cas supplémentaire pour 100 000 naissances par an. Bien que ce risque individuel soit faible, il devient quantifiable à l’échelle d’une population. Les chercheurs soulignent que plusieurs centaines de milliers de césariennes seraient nécessaires pour observer une élévation statistiquement significative du nombre de cas.
Les résultats de cette étude suédoise s’inscrivent dans la continuité d’autres travaux menés dans différents pays, renforçant la crédibilité de l’association entre césarienne programmée et risque accru de leucémie. Bien que certaines sous-analyses n’atteignent pas le seuil de significativité statistique (fixé à 95 %), la convergence des données entre plusieurs études est un élément clé. Le professeur Giorgio Tettamanti, co-auteur de l’étude, précise qu’il faut interpréter ces résultats avec prudence, mais que leur cohérence globale est un argument fort en faveur d’un lien réel.
Les chercheurs insistent sur le fait que la césarienne reste une intervention vitale lorsqu’elle est médicalement justifiée. Cependant, ils soulèvent la question des césariennes de convenance, pratiquées sans nécessité clinique, et de leurs éventuels effets indésirables à long terme. D’autres études ont déjà établi des liens entre les césariennes programmées et un risque accru d’asthme, d’allergies ou de diabète de type 1. L’ajout d’un risque accru de leucémie, même faible, renforce l’importance de réévaluer les indications non médicales de cette intervention. Christina-Evmorfia Kampitsi souligne que ces résultats invitent à repenser collectivement ce qui relève du confort et ce qui relève de la prévention.
Cette étude contribue à une meilleure compréhension des origines possibles de la leucémie aiguë lymphoblastique (LAL) en montrant que les premières heures de vie, et les processus biologiques qui s’y déclenchent, peuvent influencer durablement le développement du système immunitaire. Elle ouvre la voie à de futures recherches internationales et invite à une réflexion plus large sur les conditions de naissance. Les auteurs espèrent que ces résultats serviront de base pour des études complémentaires, afin de mieux évaluer les impacts à long terme des modes d’accouchement sur la santé des enfants.

