[Peinture] La Justice vue par l'artiste-peintre Cassou.
Il est toujours intéressant de se pencher sur la vision qu'ont les artistes de la Justice, comment ils la ressentent, comment ils la perçoivent... La Rédaction du Village de la Justice a ainsi été intriguée par le travail de la peintre Cassou.
L’artiste Cassou explique que sa motivation à peindre le droit et la justice est née spontanément, sans plan préétabli. Il évoque l’influence de la phrase de Jean Cocteau : « Puisque ces phénomènes nous échappent, feignons d’en être les instigateurs », qui illustre une forme d’attention aux choses où la volonté créatrice agit sous l’effet d’une force inconnue. Pour Cassou, cette inspiration ne suit pas une stratégie réfléchie, mais émerge d’une interaction entre l’artiste et son environnement. Il souligne que le thème de la justice est central dans toute société humaine, car il définit les règles collectives et leur application. Le droit est présenté comme un pilier essentiel, sans lequel une société ne pourrait fonctionner.
Cassou décrit l’univers judiciaire comme un théâtre sacré, avec des éléments symboliques forts. La salle d’audience devient une scène, les robes des magistrats et avocats évoquent des habits sacerdotaux, et l’entrée des juges est comparée à une entrée en scène sacrée, marquée par la formule « La cour ! ». Le verdict, qualifié d’autorité de la chose jugée, est présenté comme un acte quasi divin, officialisant une décision. Cependant, Cassou souligne une dérive possible : lorsque les juges sont corrompus, ce théâtre sacré se pervertit. Les symboles (comme la robe noire) deviennent des outils de camouflage, et le rituel judiciaire perd sa quête de vérité pour n’être qu’une mise en scène où l’issue est prédéterminée.
Contrairement à Honoré Daumier, qui dénonçait une classe sociale dans ses représentations de la justice, Cassou choisit de peindre les acteurs judiciaires comme des frères humains, avec leurs qualités, défauts et paradoxes. Ses œuvres montrent les maladresses, ridicules et faiblesses des personnages, mais aussi leurs peurs, espoirs et distractions, reflétant ainsi l’humanité dans son ensemble. Cassou insiste sur son rôle d’observateur bienveillant : il ne juge pas, mais cherche à offrir une vision amicale et réaliste. Ses caricatures, lorsqu’il en fait, restent mesurées et évitent de ridiculiser ou d’enlaidir ses sujets. Son objectif est de sonder l’âme humaine à travers des thèmes comme la joie, l’humour, les couleurs et la fantaisie.
Cassou souhaite transmettre un message de joie, d’espoir et d’optimisme à travers ses toiles, s’éloignant du nihilisme contemporain. Il espère que son travail sera perçu comme une œuvre vivante et accessible, loin des normes académiques ou médiatiques. Il cite Jean Cocteau pour souligner que le public doit faire un effort d’attention et d’ouverture pour apprécier une œuvre nouvelle, non validée par une autorité. Cassou rêve d’être reconnu par un critique influent, comme Charles Baudelaire l’a fait pour Daumier, passant du statut d’amuseur public à celui d’artiste majeur. Ses œuvres ont déjà été exposées dans 23 palais de justice européens, ce qui témoigne de leur réception institutionnelle.
Pour Cassou, la création artistique n’est pas un acte solitaire, mais une *collaboration* entre l’artiste et son public. Une œuvre n’existe pleinement que si elle est perçue et interprétée par des spectateurs sensibles et attentifs. Il souligne que le public doit faire preuve de *sensibilité*, d’*ouverture d’esprit* et d’*audace* pour s’intéresser à une œuvre originale, non cautionnée par une figure d’autorité. Cassou compare ce processus à une forme de dialogue où l’artiste et le public échangent des regards et des interprétations. Il espère que son travail, porteur de sens et de légèreté, trouvera un écho auprès du public.

