Comment des taupes ont aidé des archéologues belges à découvrir un mystérieux site médiéval
L'analyse de centaines de taupinières a fait remonter à la surface des vestiges du passé. Près de Bruges, des archéologues ont découvert un site médiéval fortifié, enterré sous terre depuis plusieurs siècles..
Les taupes, souvent perçues comme des nuisibles en raison des monticules de terre qu’elles creusent dans les jardins, ont cette fois joué un rôle positif en archéologie. Une équipe d’archéologues belges a étudié 814 taupinières près de Damme, une ville du nord-ouest de la Belgique, située à proximité de Bruges. Leur objectif était de localiser des vestiges médiévaux enfouis. En analysant les monticules de terre, les chercheurs ont découvert que certaines zones, où les taupinières étaient moins nombreuses, contenaient davantage de fragments archéologiques. Cette observation s’explique par le comportement des taupes : elles évitent les débris de construction en creusant, ce qui concentre les artefacts dans des zones spécifiques. Ainsi, les taupes ont indirectement signalé la présence d’une bâtisse médiévale datant des XIIIe et XIVe siècles.
Les archéologues ont identifié une structure rectangulaire correspondant à un corps de garde médiéval, grâce à l’analyse des 2 810 fragments découverts dans les taupinières. Parmi ces fragments, 85 % étaient des matériaux de construction, comme des briques, et 300 morceaux de poterie ont permis de dater l’occupation du site entre les XIIIe et XIVe siècles. Cette découverte a été rendue possible par une étude publiée en septembre 2026 dans le Journal of Archaeological Method and Theory. Les chercheurs ont combiné les données des taupinières avec des relevés souterrains pour reconstituer l’histoire du lieu. Sans l’activité des taupes, cette bâtisse aurait pu rester cachée, notamment en raison de la protection du site, situé dans une réserve naturelle.
Pour confirmer leur découverte, les archéologues ont utilisé une carte historique datée de 1574, qui montrait deux sites surélevés entourés de douves. Ces éléments correspondent aux terrassements encore visibles aujourd’hui. Cependant, la carte ne mentionnait aucun bâtiment, suggérant que le site avait déjà été abandonné au XVIe siècle. La datation des poteries médiévales a validé cette hypothèse. Cette approche combinée, associant archéologie et histoire, a permis de reconstituer l’évolution du site sur plusieurs siècles. Elle illustre l’importance des sources historiques pour interpréter les vestiges archéologiques.
Bien que les taupinières aient révélé des indices archéologiques, elles ne permettent pas un inventaire complet des vestiges souterrains. Les taupes remontent uniquement un échantillon sélectif de la terre, ce qui peut laisser échapper des artefacts importants. Les scientifiques soulignent que creuser, même de manière indirecte via des animaux, reste une menace pour la préservation des sites archéologiques. Ils recommandent donc de combiner plusieurs méthodes pour limiter les perturbations : cartes historiques, télédétection, carottes de sol et échantillonnage ciblé de taupinières. Cette approche pluridisciplinaire vise à préserver les sols tout en maximisant les découvertes.
L’étude met en lumière un dilemme pour les archéologues : les pratiques agricoles, comme le labourage, facilitent la découverte de vestiges mais peuvent aussi les détruire. À l’inverse, les prairies préservées conservent mieux les éléments archéologiques sous la végétation. Les taupinières offrent une alternative moins invasive pour explorer les sites, mais leur utilisation doit être encadrée. Les chercheurs insistent sur la nécessité de préserver les sols, car toute intervention, même minime, peut altérer des traces historiques. Cette découverte souligne l’importance de trouver un équilibre entre exploration scientifique et protection du patrimoine.

