Présidentielle 2027 en France : la Russie cherche à “saturer le débat public”
Plusieurs prétendants à l’Élysée ont été la cible, durant l’été, de désinformation russe. Mihail Ivanov, correspondant bulgare à Paris, relève des méthodes semblables à celles utilisées en Bulgarie, pays particulièrement visé par ces ingérences.
Durant les mois de juillet et août 2026, des campagnes de désinformation en provenance de Russie ont ciblé plusieurs candidats à l'élection présidentielle française de 2027. Ces attaques ont notamment visé Édouard Philippe, Gabriel Attal et Raphaël Glucksmann, trois figures politiques du centre. La désinformation désigne ici la diffusion intentionnelle d'informations fausses ou trompeuses pour influencer l'opinion publique ou manipuler un débat. Le terme ingérence renvoie à une intervention étrangère dans les affaires d'un autre pays, souvent pour servir des intérêts géopolitiques. Ces méthodes s'inscrivent dans une stratégie plus large appelée attaques hybrides, qui combine des actions militaires, économiques, cyber et informationnelles pour déstabiliser un adversaire sans recourir à une guerre ouverte. Ces campagnes ne sont pas nouvelles : la Russie les utilise régulièrement dans des pays comme la Bulgarie, où Mihail Ivanov, correspondant à Paris pour la radio publique allemande Deutsche Welle et la télévision publique bulgare (BNT), a observé des méthodes similaires.
Les candidats visés par les campagnes de désinformation russe appartiennent au centre politique français, un choix qui intrigue Mihail Ivanov. Selon lui, cette stratégie révèle les intérêts russes en jeu. Pour l'instant, les partis dits extrêmes, comme La France insoumise (LFI) ou le Rassemblement national (RN), n'ont pas été directement ciblés, bien qu'ils pourraient l'être à l'avenir. Ivanov suggère que les partis d'opposition à une politique de dialogue avec la Russie, comme ceux prônant un durcissement face à Moscou, pourraient être moins prioritaires pour les ingérences russes. Le RN et LFI ont en effet adopté des positions plus favorables à une reprise des négociations avec la Russie ou à un arrêt des sanctions économiques contre ce pays. La saturer le débat public mentionnée dans le titre désigne une tentative de submerger l'espace médiatique et politique d'informations biaisées ou fallacieuses pour influencer les électeurs et polariser le débat.
Mihail Ivanov estime que ces attaques hybrides vont s'intensifier d'ici à l'élection présidentielle française de 2027. Cette prédiction s'appuie sur l'observation des méthodes russes dans d'autres pays, comme la Bulgarie, où le pays est particulièrement exposé aux ingérences étrangères. Les attaques hybrides combinent des outils variés : diffusion de fausses informations sur les réseaux sociaux, piratage de sites web, manipulation de l'opinion via des médias contrôlés ou influencés, et exploitation des divisions sociales. L'objectif est de semer le doute, de polariser la société et de fragiliser la confiance dans les institutions démocratiques. Ivanov souligne que ces campagnes ne sont pas isolées mais s'inscrivent dans une stratégie globale de déstabilisation, déjà observée lors d'élections passées en Europe, comme en 2016 aux États-Unis ou en 2017 en France.
Mihail Ivanov, en tant que correspondant bulgare à Paris, apporte un éclairage spécifique sur ces ingérences, ayant lui-même couvert les attaques hybrides en Bulgarie. Ce pays, membre de l'Union européenne et de l'OTAN, est régulièrement ciblé par des campagnes de désinformation russes. Les méthodes utilisées en Bulgarie et en France présentent des similitudes frappantes : diffusion de fausses informations via des comptes automatisés (*bots*), création de faux sites d'actualité, et exploitation des réseaux sociaux pour amplifier des thèmes clivants comme l'immigration ou la souveraineté nationale. Ivanov précise que la Bulgarie, en tant que pays frontalier avec la Russie et membre de l'OTAN, est un terrain d'expérimentation pour les stratégies russes avant leur exportation vers d'autres pays européens.

