À quoi servent les élections organisées ce week-end en Russie?
Pourquoi ces législatives dont l’issue est déjà connue ont-elles notamment lieu dans les territoires ukrainiens occupés?.
Pour la première fois depuis le début de la guerre en Ukraine en 2022, la Russie organise des élections législatives ce week-end. Ces scrutins permettent d'élire les 450 députés de la Douma, la chambre basse du Parlement russe. Ce vote se déroule du vendredi au dimanche et concerne l'ensemble du territoire russe, y compris les quatre régions ukrainiennes occupées et annexées illégalement par la Russie en 2022 : Donetsk, Louhansk, Zaporijjia et Kherson. La Crimée, annexée par la Russie en 2014, est également concernée. Ces élections sont organisées dans un contexte où le résultat est déjà connu à l'avance, car le parti au pouvoir, Russie unie, soutenu par le président Vladimir Poutine, devrait remporter une large majorité des sièges.
Dans un régime autoritaire comme celui de Vladimir Poutine, les élections n'ont pas pour objectif de permettre un choix démocratique. Selon Vera Grantseva, professeure à Sciences Po Paris, elles servent principalement à tester la loyauté des élites locales envers le pouvoir central. Ces dernières doivent prouver leur soutien au régime en organisant des élections truquées. Maria Popova, experte de la Russie à l'Université McGill, souligne que ces scrutins sont avant tout un exercice performatif, c'est-à-dire une démonstration de force du régime. Les partis d'opposition autorisés à participer sont en réalité contrôlés par le Kremlin et ne représentent pas une alternative réelle. Les élections en Russie s'inscrivent dans une tradition héritée de l'époque soviétique, où elles servaient à afficher la puissance du régime plutôt qu'à refléter la volonté populaire.
Les élections se tiennent également dans les territoires ukrainiens occupés et annexés par la Russie, malgré leur illégalité au regard du droit international. Parmi ces régions, seule Louhansk est presque entièrement contrôlée par les forces russes. Les autres, comme Donetsk, Zaporijjia et Kherson, ne le sont que partiellement. La Russie cherche à montrer sa souveraineté totale sur ces territoires en y organisant des élections. Selon Vera Grantseva, cette démarche vise à affirmer que ces régions font désormais partie de la Russie. Maria Popova ajoute que le Kremlin utilise ces scrutins pour créer l'illusion d'un processus démocratique dans ces zones, par contraste avec l'Ukraine, où les élections ont été suspendues en raison de la loi martiale imposée par la guerre.
Dans les territoires occupés, le vote pour les élections russes ne sera pas libre. Les habitants sont soumis à une forte pression, notamment en raison de la présence militaire russe et de la répression sévère exercée dans ces zones. Maria Popova explique que les élections y sont une mascarade, car les électeurs votent littéralement sous la menace des armes. Les autorités russes organisent des urnes mobiles et des mesures coercitives pour maximiser la participation, tout en contrôlant étroitement le processus. Ces scrutins servent ainsi à légitimer l'annexion de ces territoires aux yeux de la population russe, malgré leur illégitimité internationale.
La guerre en Ukraine, qui dure depuis plus de quatre ans, est le contexte central de ces élections, mais elle est rarement abordée ouvertement dans la campagne électorale. Selon Vera Grantseva, la guerre est l'éléphant dans la pièce : tout le monde en parle, mais personne ne l'évoque directement. Le régime de Vladimir Poutine évite d'en discuter car il n'a pas de succès militaires à mettre en avant. Les attaques ukrainiennes en territoire russe, les pertes humaines élevées (des centaines de milliers de soldats morts), la hausse du prix de l'essence et les perturbations d'Internet sont des réalités qui pèsent sur la population. Pourtant, les programmes électoraux des partis et les débats télévisés ignorent ce sujet.
Le parti d'opposition *Iabloko*, ouvertement antiguerre, a été interdit de participation aux élections législatives par la Cour suprême russe. Maria Popova souligne qu'il n'existe aucun mécanisme permettant d'introduire la question de la guerre dans la campagne électorale, car tous les partis autorisés à se présenter sont loyaux au pouvoir. Les autres sujets abordés, comme les coupures d'Internet liées aux attaques de drones ukrainiens, le soutien aux vétérans ou la vitalité de l'économie, sont traités de manière superficielle. Vera Grantseva résume la situation en affirmant que la politique en Russie est *morte* : une grande partie de la population ne suit plus les débats ni les programmes politiques, considérant que ces élections n'ont aucun impact réel sur leur vie.

