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Environnement

« On veut vivre de notre métier sans en crever » : paysans et malades alliés contre les pesticides

Reporterre · mis à jour 30 sept.

Samedi 3 octobre, des milliers de manifestants sont attendus dans l'Eure, près d'une usine Syngenta. Une mobilisation pensée par et pour les victimes des pesticides, pour « faire entendre la voix de ceux que l'on étouffe ».

Alliance inédite

Des paysans et des personnes malades s’unissent pour dénoncer les effets des pesticides sur leur santé et leur travail. Cette mobilisation, annoncée comme majeure, rassemble deux groupes souvent séparés : les agriculteurs, dont les conditions de vie et de travail sont directement liées à l’usage de ces produits chimiques, et les malades, dont les pathologies sont parfois attribuées à l’exposition aux pesticides. L’objectif commun est de faire pression sur les pouvoirs publics et les industriels pour obtenir des changements concrets. Cette alliance s’inscrit dans un contexte où les débats sur l’agriculture et la santé environnementale prennent de l’ampleur en France et en Europe. Les deux groupes partagent un même constat : les pesticides, bien que réglementés, posent des risques graves et souvent sous-estimés pour la santé humaine et les écosystèmes.

Problèmes de santé

Les maladies évoquées dans l’article sont principalement des cancers (comme les lymphomes ou les leucémies), des troubles neurologiques (Parkinson, Alzheimer) et des problèmes respiratoires. Ces pathologies sont souvent liées à une exposition prolongée aux pesticides, notamment via l’air, l’eau ou les aliments. En France, selon des études épidémiologiques, les agriculteurs présentent un risque accru de développer certains cancers par rapport à la population générale. Par exemple, une étude de l’INSERM (Institut national de la santé et de la recherche médicale) a montré que les agriculteurs exposés aux pesticides avaient un risque de lymphome non hodgkinien supérieur de 50 % à celui de la population générale. Ces chiffres soulèvent des questions sur l’efficacité des normes de sécurité actuelles et sur la responsabilité des industriels dans la commercialisation de ces produits.

Crise agricole

Les paysans dénoncent une crise structurelle de leur métier, aggravée par la dépendance aux pesticides. Cette crise se manifeste par une baisse des revenus, une augmentation des dettes et une précarisation croissante des exploitations. En France, le nombre d’exploitations agricoles a diminué de 21 % entre 2000 et 2020, passant de 663 000 à 521 000, selon les données du ministère de l’Agriculture. Les agriculteurs soulignent que les coûts des intrants (engrais, pesticides) représentent une part croissante de leurs dépenses, tandis que les prix de vente de leurs produits stagnent ou baissent. Cette situation les pousse à augmenter les rendements pour maintenir leur rentabilité, ce qui renforce leur exposition aux pesticides et aggrave les risques sanitaires.

Mobilisation collective

La mobilisation annoncée vise à organiser des actions symboliques et juridiques pour faire entendre les revendications des paysans et des malades. Parmi les initiatives envisagées, on trouve des manifestations, des recours en justice contre les fabricants de pesticides, et des demandes de reconnaissance officielle des maladies professionnelles liées à ces produits. Les organisateurs s’appuient sur des précédents, comme le procès de l’herbicide Roundup aux États-Unis, où des agriculteurs ont obtenu des indemnisations pour des cancers attribués au glyphosate. En France, une pétition nationale a déjà recueilli des milliers de signatures, reflétant l’ampleur du soutien à cette cause. L’objectif est de créer un rapport de force suffisant pour contraindre les autorités à réviser les réglementations et à soutenir une transition vers une agriculture moins dépendante des pesticides.

Ce que ça pourrait changer

Cette mobilisation s’inscrit dans un débat politique plus large sur l’avenir de l’agriculture en France et en Europe. Les militants dénoncent le manque de volonté politique pour réduire l’usage des pesticides, malgré les engagements pris dans le cadre du **Plan Écophyto**, un programme lancé en 2008 pour diminuer de 50 % l’usage des pesticides d’ici 2025. Cependant, les résultats sont jugés insuffisants, avec une baisse de seulement 25 % des quantités utilisées entre 2008 et 2020, selon les chiffres du ministère de la Transition écologique. Les paysans et les malades critiquent également l’influence des lobbies de l’agrochimie sur les décisions politiques. Ils réclament une réforme des subventions agricoles pour favoriser les pratiques durables et une meilleure protection des travailleurs exposés.

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