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Généraliste

«Jardin»: retour à la terre

Le Devoir · mis à jour 9 sept.

Evelyne de la Chenelière et Daniel Brière prônent le renversement de l’ordre établi par un retour aux sources..

Pièce de théâtre récente

La pièce de théâtre intitulée Jardin, écrite par Evelyne de la Chenelière et mise en scène par Daniel Brière, est présentée à Espace libre à Montréal jusqu’au 26 septembre 2026. Elle s’inscrit dans une série de réflexions sur le couple, amorcée il y a près de 20 ans avec des œuvres comme Le plan américain (2008) ou Henri&Margaux (2002). Cette création fait partie des productions du Nouveau Théâtre Expérimental (NTE), un collectif artistique connu pour ses approches innovantes et provocatrices. Le spectacle utilise la métaphore des plantes et du jardin pour explorer des thèmes universels comme l’amour, les stéréotypes de genre, la communication dans le couple et les enjeux écologiques contemporains.

Inspiration biblique revisitée

La pièce s’inspire librement du récit d’Adam et Ève, deux figures bibliques symbolisant la création du monde et la relation humaine originelle. Les auteurs précisent d’emblée que leur approche n’est pas religieuse : ils évoquent une cosmogonie, c’est-à-dire une représentation symbolique de l’origine du monde, et non une vérité littérale. Ils rappellent leur adhésion à la théorie de l’évolution, une théorie scientifique expliquant le développement des espèces vivantes sur des millions d’années, formulée par Charles Darwin. Cette référence biblique sert de cadre à une réflexion plus large sur la condition humaine et les défis de la société moderne, notamment la dégradation de l’environnement.

Scénographie immersive

Le spectacle se distingue par son dispositif scénique conçu par Daniel Brière, décrit comme un design régénératif. L’espace de représentation, normalement un théâtre, est transformé en un théâtre de verdure composé de 1700 végétaux indigènes, créant une atmosphère humide et lumineuse. Une passerelle recouverte de pelouse traverse la salle, avec le public placé de part et d’autre, évoquant un défilé de mode. Cette scénographie vise à immerger le spectateur dans une ambiance proche de la nature, en phase avec le propos écologique de la pièce. Cependant, son utilité pratique reste discutable, car la plupart des spectateurs restent debout en raison du manque d’assises.

Thèmes centraux explorés

À travers la métaphore des plantes, la pièce aborde plusieurs thèmes profonds : les stéréotypes sexuels (idées reçues sur les rôles masculins et féminins), l’effritement du désir (la perte progressive de l’attirance dans un couple), le repli sur soi (l’isolement face aux difficultés), les enjeux de communication (les malentendus et les non-dits) et les béances (les vides émotionnels ou existentiels). Elle interroge aussi la dégradation de la planète, la perte des valeurs et le dérèglement du monde, en établissant des parallèles entre les crises écologiques et les crises humaines. Le ton est à la fois cocasse (drôle) et érudit (savant), mêlant humour et références philosophiques.

Personnages et interprètes

Les deux personnages principaux, Adam et Ève, sont interprétés par Lyndz Dantiste et Christine Beaulieu. Christine Beaulieu incarne Ève avec une candeur (naïveté) et une franchise (honnêteté) remarquables, tandis que Lyndz Dantiste, dans le rôle d’Adam, affiche un charisme certain malgré une spontanéité moins marquée. Un troisième personnage, un voisin jardinier muet qui s’exprime par le mouvement, est joué par Peter Trosztmer. Son interprétation, à la fois symbolique et comique, ajoute une dimension visuelle et poétique au spectacle. Les trois acteurs sont salués pour leur performance, notamment Peter Trosztmer dont les apparitions sont particulièrement appréciées.

Style et tonalité critique

Le texte d’Evelyne de la Chenelière et la mise en scène de Daniel Brière adoptent un ton qui rappelle le flower power, un mouvement hippie des années 1970 prônant l’amour, la paix et le retour à la nature. Des phrases comme « Aimer une fleur, c’est enfin aimer la réalité » ou « Il faut réécrire notre histoire ! » illustrent cette inspiration. Cependant, cette approche est perçue comme datée par la critique, car elle peut sembler clichée ou trop idéaliste. Le spectacle inclut aussi une chanson de Joe Bocan, Repartir à zéro, qui renforce cette ambiance nostalgique et militante, tout en soulignant l’appel à un renouveau radical, tant pour les individus que pour la société.

Ce que ça pourrait changer

La pièce *Jardin* est produite par le *Nouveau Théâtre Expérimental* (NTE), une compagnie québécoise fondée pour explorer des formes théâtrales innovantes et engagées. Elle est présentée à *Espace libre*, une salle de spectacle montréalaise dédiée aux arts de la scène. Le spectacle s’inscrit dans une démarche artistique qui mêle théâtre, écologie et réflexion sociale, en phase avec les préoccupations contemporaines sur l’environnement et les relations humaines. La production a été créée pour une durée limitée, jusqu’au 26 septembre 2026, et s’adresse à un public adulte intéressé par des œuvres à la fois divertissantes et stimulantes.

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