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L’armée canadienne veut s’inspirer d’un marché de drones ukrainiens controversé

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 2 j

Des experts s’inquiètent d’une « ludification » de la guerre..

Canada s'inspire Ukraine

Le ministère de la Défense nationale du Canada a annoncé vouloir s’inspirer de Brave1, une plateforme ukrainienne lancée en 2023, pour créer un « marché numérique national des drones ». Cette initiative a été dévoilée par le premier ministre canadien Mark Carney et le président ukrainien Volodymyr Zelensky. Brave1 fonctionne comme une sorte de marché en ligne où les unités militaires ukrainiennes peuvent commander directement du matériel militaire auprès des fabricants. Le Canada souhaite reproduire ce modèle pour moderniser son propre système d’approvisionnement en drones, en facilitant les échanges entre l’armée et les entreprises spécialisées. Aucune précision n’a encore été donnée sur les aspects techniques ou éthiques qui seront repris, ni sur les entreprises canadiennes impliquées.

Système de points controversé

La plateforme ukrainienne Brave1 intègre un système de récompenses controversé : les soldats gagnent des e-points (points électroniques) lorsqu’ils détruisent du matériel ennemi ou tuent des soldats adverses. Ces points permettent ensuite d’acheter du matériel sur la plateforme. Par exemple, un soldat tué rapporte 6 points, un char endommagé 20 points, et un char détruit 40 points. Les points sont attribués après vérification par un système numérique de gestion des combats. Ce système a été comparé à une ludification de la guerre, c’est-à-dire une transformation des actions militaires en mécanismes similaires à ceux des jeux vidéo, avec des classements (leaderboards) et des animations rétro. Des chercheurs, comme Maude Bonenfant, spécialiste des jeux et technologies, soulignent que ce système peut influencer les comportements des soldats en les incitant à optimiser leurs actions pour obtenir plus de points.

Ludification et compétition militaire

Le système de points de Brave1 s’accompagne d’un tableau de classement où les unités militaires ukrainiennes rivalisent pour obtenir le plus de points. Ce classement, appelé leaderboard, est similaire à ceux utilisés dans les jeux vidéo compétitifs, où les joueurs cherchent à améliorer leurs performances. Maude Bonenfant, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en jeu, technologies et société, explique que ce système pousse les soldats à adapter leurs stratégies pour maximiser leurs gains, comme un joueur qui optimise son avatar pour progresser dans un jeu. Bien que le Canada n’ait pas précisé s’il reprendra cet aspect, l’experte estime que l’utilisation du langage et de l’esthétique des jeux vidéo pourrait être envisagée dans le cadre de son propre marché numérique des drones.

Changement pour l'industrie

Guillaume Côté, PDG du Consortium de recherche et d'innovation en aérospatiale au Québec (CRIAQ), voit dans l’initiative canadienne une opportunité pour l’industrie des drones. Historiquement, les entreprises devaient répondre à des exigences techniques très strictes pour vendre à l’armée. Le nouveau marché numérique permettra une plus grande flexibilité : l’armée ne demandera plus si un produit répond à des critères précis, mais plutôt comment il peut répondre à un besoin spécifique. Ce changement de paradigme favoriserait l’innovation et la créativité des fabricants. Guillaume Côté souligne que l’aspect le plus inspirant de Brave1 est la collaboration rapide entre les forces armées et les industriels, qui a permis des innovations majeures en Ukraine.

Ce que ça pourrait changer

L’un des principaux enseignements tirés de *Brave1* par le Canada concerne les *boucles de rétroaction* entre l’armée et les fabricants. En Ukraine, cette collaboration étroite a permis d’accélérer les innovations en matière de drones et d’équipements militaires. Guillaume Côté explique que ces échanges constants entre les soldats sur le terrain et les ingénieurs ont conduit à des améliorations rapides des technologies. Le Canada souhaite reproduire ce modèle pour stimuler son propre secteur de la dronautique, en créant un écosystème où les besoins des militaires et les solutions des entreprises s’adaptent en temps réel. Aucune information n’a été donnée sur l’inclusion d’un système de points ou de classements dans l’initiative canadienne.

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