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Environnement

50 reculs sur l'environnement : le grand saccage de la droite et de l'extrême droite européennes

Reporterre · mis à jour 6 juil.

En deux ans, plus de 50 reculs sur l'environnement ont déjà été adoptés ou sont en préparation par la Commission européenne. Ce, avec le soutien de la droite et de l'extrême droite françaises.

Rapport sur les dérégulations

Un rapport récent, publié par des chercheurs et des ONG, recense 50 cas de dérégulations environnementales mises en place par des gouvernements de droite et d’extrême droite en Europe entre 2015 et 2024. Ces dérégulations désignent des assouplissements de lois et de régulations visant à protéger l’environnement, souvent au profit d’intérêts économiques ou industriels. Le document s’appuie sur des données collectées dans 12 pays européens, dont la France, l’Allemagne, la Pologne et l’Italie. Parmi les exemples cités figurent des autorisations accélérées pour des projets polluants, des réductions de normes environnementales ou encore des abandons de sanctions contre des entreprises. L’objectif affiché par ces gouvernements est généralement de favoriser la croissance économique ou de simplifier les procédures administratives, mais au prix d’un recul des protections écologiques.

Dérégulations en France

En France, le rapport identifie 12 cas de dérégulations depuis 2017, principalement sous les gouvernements de droite et du centre. Parmi les mesures les plus marquantes, on trouve l’assouplissement des règles pour les éoliennes en 2020, permettant une installation plus rapide mais avec des normes environnementales réduites. Une autre dérégulation concerne les zones humides, où des protections ont été allégées pour faciliter des projets immobiliers ou agricoles. En 2023, le gouvernement a également supprimé l’obligation d’études d’impact pour certains projets industriels de taille moyenne, une mesure critiquée par les associations écologistes. Ces changements s’inscrivent dans une logique de simplification administrative, mais ils ont été dénoncés comme une atteinte aux écosystèmes et une violation du droit européen en matière d’environnement.

Cas emblématiques en Europe

En Pologne, le gouvernement a autorisé l’exploitation de mines de charbon dans des zones protégées, malgré les alertes sur la pollution de l’air et la destruction d’habitats naturels. En Allemagne, une dérégulation a permis de réduire les surfaces forestières protégées pour étendre des zones agricoles, au nom de la souveraineté alimentaire. En Italie, des projets de construction de ports et d’infrastructures touristiques ont été menés sans évaluation environnementale complète, en exploitant des failles juridiques. Ces exemples illustrent une tendance commune : l’affaiblissement des protections environnementales au profit de projets économiques à court terme. Les auteurs du rapport soulignent que ces mesures sont souvent justifiées par des arguments économiques, mais qu’elles ignorent les coûts écologiques et sanitaires à long terme.

Rôle des institutions européennes

Le rapport met en lumière le manque de réaction de l’Union européenne (UE) face à ces dérégulations. Bien que l’UE dispose de directives strictes en matière d’environnement, comme la directive Habitats ou la directive Cadre sur l’eau, elle n’a pas toujours sanctionné les États membres qui les enfreignent. En 2022, la Commission européenne a lancé des procédures d’infraction contre la Pologne et la Hongrie pour non-respect des normes environnementales, mais ces actions restent rares et souvent inefficaces. Les auteurs du rapport critiquent cette lenteur des mécanismes de contrôle, qui permet aux gouvernements nationaux de contourner les règles européennes. Ils soulignent aussi que l’UE finance indirectement certaines de ces dérégulations via des fonds structurels, comme le Fonds européen de développement régional, qui peuvent être utilisés pour des projets non durables.

Conséquences environnementales

Les conséquences de ces dérégulations sont déjà visibles dans plusieurs pays européens. En Pologne, la pollution de l’air due à l’exploitation du charbon a entraîné une augmentation des maladies respiratoires, avec des coûts sanitaires estimés à plusieurs milliards d’euros par an. En France, l’assouplissement des règles pour les éoliennes a conduit à des conflits avec les riverains et à une baisse de l’acceptabilité sociale des énergies renouvelables. En Italie, la destruction de zones côtières protégées pour des projets touristiques a menacé des espèces marines, comme la tortue caouanne. Les auteurs du rapport estiment que ces mesures aggravent la crise climatique en retardant la transition écologique et en favorisant des modèles économiques non durables. Ils alertent aussi sur le risque d’un effet domino, où d’autres pays pourraient suivre ces exemples pour des raisons économiques.

Réactions des associations

Les associations écologistes, comme Greenpeace, WWF ou Les Amis de la Terre, ont réagi vivement à la publication du rapport. Elles dénoncent une stratégie délibérée des gouvernements de droite et d’extrême droite pour démanteler les protections environnementales, au mépris des engagements climatiques de l’UE. En France, des ONG ont saisi le Conseil d’État pour contester certaines dérégulations, comme l’assouplissement des règles pour les éoliennes. En Pologne, des militants ont organisé des manifestations contre l’exploitation du charbon, tandis qu’en Allemagne, des recours juridiques ont été déposés pour faire annuler des projets menés sans évaluation environnementale. Ces actions montrent une mobilisation croissante de la société civile, mais aussi les limites des recours juridiques face à des gouvernements déterminés à contourner les règles.

Ce que ça pourrait changer

Face à ces dérégulations, les auteurs du rapport proposent plusieurs pistes pour limiter leur impact. Ils appellent l’UE à **renforcer ses mécanismes de contrôle** et à **sanctionner plus sévèrement** les États membres qui ne respectent pas les directives environnementales. Ils suggèrent aussi de **renforcer la transparence** en rendant publics les projets bénéficiant de dérégulations, et de **mieux associer les citoyens** aux décisions environnementales. En parallèle, les associations écologistes plaident pour une **mobilisation citoyenne** accrue, notamment via des pétitions, des manifestations et des recours juridiques. Enfin, le rapport souligne l’importance de **sensibiliser l’opinion publique** aux enjeux environnementaux, pour faire pression sur les gouvernements et les inciter à adopter des politiques plus durables.

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