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Généraliste

Une première élection québécoise à l’ère de l’intelligence artificielle générative

ICI Radio-Canada · mis à jour 6 sept.

Jusqu’ici, l'IA sert surtout à passer des messages politiques à l’aide de montages humoristiques..

Première élection avec IA

La campagne électorale québécoise de 2026 est la première à se dérouler depuis que des outils d’intelligence artificielle (IA) générative sont accessibles au grand public. Ces technologies permettent de créer en quelques secondes des images, vidéos ou sons réalistes, comme des discours ou des visages, avec un niveau de détail inédit. Leur impact sur la démocratie reste encore mal connu, mais leur potentiel de manipulation inquiète depuis leur apparition il y a quatre ans. Jusqu’à présent, lors des élections fédérales canadiennes de 2025 ou de la présidentielle américaine de 2024, ces outils ont surtout servi à produire des contenus humoristiques ou satiriques, comme des caricatures de dirigeants politiques, plutôt qu’à diffuser de la désinformation massive.

Inquiétudes des Québécois

Un sondage de l’Observatoire de l’écosystème médiatique (OEM) de l’Université McGill révèle que 63 % des Québécois se disent très ou extrêmement inquiets face au contenu trompeur généré par l’IA, qu’il s’agisse de fausses informations ou de deepfakes (des montages audio ou vidéo hyperréalistes). Ce chiffre atteint 53 % pour la désinformation en ligne en général. Bien que les chercheurs n’aient pas encore recensé d’incidents majeurs de désinformation lors de la présente campagne, les experts soulignent que le risque de manipulation persiste. L’OEM a publié un rapport détaillé sur l’état de l’information au Québec à l’approche des élections, mettant en lumière cette préoccupation croissante.

Humour et satire dominent

L’IA générative est principalement utilisée au Québec pour créer des contenus humoristiques ou satiriques, comme une vidéo montrant la première ministre Christine Fréchette embrassant le premier ministre canadien Mark Carney, vue plus de 125 000 fois sur Facebook. Ces montages ne visent pas à tromper, mais à faire passer un message ou à ridiculiser des personnalités. À l’international, des exemples similaires existent, comme une vidéo truquée de Donald Trump aux commandes d’un avion de chasse ou une image de l’ancien gouverneur Chris Christie mangeant une quantité exagérée de hamburgers. Ces pratiques, bien que fréquentes, restent généralement peu virales et ne semblent pas avoir un impact majeur sur les campagnes électorales.

Code de conduite pour les partis

Quatre partis politiques québécois — la Coalition avenir Québec, le Parti québécois, le Parti libéral du Québec et Québec solidaire — ont signé un Code de bonne conduite pour un usage responsable de l’IA en politique, élaboré par l’IVADO et le CEIMIA. Ce code interdit notamment l’utilisation de l’IA pour générer des hypertrucages (montages audio ou vidéo ultra-réalistes) visant à tromper les électeurs. Il impose aussi aux partis d’étiqueter tout contenu modifié par l’IA, de protéger les données personnelles des électeurs et de former leurs membres aux risques éthiques. Catherine Régis, directrice de l’IVADO, souligne que ce code clarifie les règles du jeu entre les partis, bien qu’il ne puisse empêcher le public de créer de la désinformation. Le Parti conservateur du Québec (PCQ) n’a pas signé ce code, mais affirme utiliser l’IA de manière responsable.

Cas internationaux de manipulation

À l’étranger, des tentatives de manipulation via l’IA ont été documentées. Aux États-Unis, une campagne d’appels automatisés a utilisé une voix hypertruquée de Joe Biden pour inciter des électeurs du New Hampshire à ne pas voter lors de la primaire démocrate de janvier 2024. Cette pratique a été interdite par la FCC, l’organisme américain de régulation des télécommunications. En Slovaquie, un deepfake audio mettant en scène l’opposant Michal Šimečka et une journaliste a circulé avant les élections législatives de 2023, suggérant une manipulation des résultats. Bien que l’impact réel de ces manipulations reste difficile à mesurer, ces exemples illustrent le potentiel de l’IA pour semer la confusion dans les processus démocratiques.

L’IA, un outil parmi d’autres

Les experts soulignent que l’IA, bien que puissante, n’est qu’un outil parmi d’autres dans une campagne électorale. Fenwick McKelvey, professeur à l’Université Concordia, rappelle que les facteurs politiques traditionnels, comme la confiance dans les institutions ou les stratégies de campagne, restent déterminants. Selon lui, chaque élection est souvent présentée comme un tournant technologique, mais l’histoire montre que les innovations finissent par devenir secondaires face aux dynamiques politiques classiques. L’IA pourrait donc influencer certains aspects de la campagne, mais son impact global reste limité comparé à d’autres éléments.

Acteurs clés et leurs rôles

Plusieurs acteurs jouent un rôle central dans cette élection québécoise à l’ère de l’IA. L’Observatoire de l’écosystème médiatique (OEM) de l’Université McGill, dirigé par Mathieu Lavigne, étudie l’impact de l’IA sur l’information et la désinformation. L’IVADO, dirigé par Catherine Régis, a élaboré le Code de bonne conduite pour un usage responsable de l’IA en politique, auquel ont adhéré quatre partis québécois. Le Parti conservateur du Québec (PCQ), dirigé par Éric Duhaime, n’a pas signé ce code mais promet un usage responsable de l’IA. Enfin, des experts comme Fenwick McKelvey analysent les tendances et les risques liés à ces nouvelles technologies dans le paysage politique.

Ce que ça pourrait changer

Cette élection québécoise de 2026 se déroule dans un contexte où l’IA générative est devenue accessible au grand public depuis seulement quatre ans. Les partis politiques et les électeurs doivent désormais composer avec cette nouvelle réalité, où la frontière entre réalité et fiction devient plus floue. Bien que les tentatives de désinformation via l’IA n’aient pas encore eu d’impact majeur au Québec, les experts restent vigilants. Le code de conduite signé par quatre partis pourrait servir de modèle pour d’autres élections, mais son efficacité dépendra de son application et de son adaptation à l’évolution rapide de ces technologies. Les prochains mois permettront d’évaluer si l’IA a réellement transformé le paysage politique québécois.

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