Déchets nucléaires : malgré le feu vert au projet Cigéo, « la lutte ne fait que commencer »
Malgré l'avis favorable de la commission d'enquête sur le projet d'enfouissement de déchets radioactifs Cigéo, Juliette Geoffroy de la Coordination Stop Cigéo appelle à poursuivre le combat, notamment sur le plan juridique. Le projet d'enfouissement de déchets hautement radioactifs Cigéo, près de Bure, dans la Meuse, vient de passer une nouvelle étape.
Le projet Cigéo (Centre industriel de stockage géologique) a reçu un feu vert officiel pour sa phase industrielle. Il s'agit d'un projet français visant à enfouir les déchets nucléaires les plus dangereux à 500 mètres sous terre, dans une couche d'argile située près de Bure (Grand Est). Ce stockage doit permettre d'isoler ces déchets pendant des milliers d'années, le temps qu'ils perdent leur radioactivité. L'autorisation a été délivrée par le gouvernement français en 2022, après des décennies d'études et de débats. Le projet est porté par l'Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs), un établissement public sous tutelle des ministères de l'Énergie et de la Recherche. Ce feu vert marque une étape majeure, mais la controverse persiste parmi les opposants, qui dénoncent des risques pour l'environnement et la santé.
Malgré l'aval officiel, la lutte contre Cigéo ne faiblit pas. Des associations locales, comme le Collectif contre l'enfouissement des déchets radioactifs (Cedra), et des figures nationales, dont l'écologiste Corinne Lepage, s'opposent farouchement au projet. Leurs arguments reposent sur des craintes de fuites radioactives, de contamination des nappes phréatiques ou encore d'un manque de réversibilité à long terme. En 2023, des manifestations ont rassemblé des milliers de personnes, et des recours juridiques ont été engagés. Les opposants soulignent aussi que Cigéo ne résout pas le problème des déchets déjà existants, estimés à 1,6 million de mètres cubes en France, dont 80 000 mètres cubes de déchets hautement radioactifs.
Les détracteurs de Cigéo pointent des risques géologiques et techniques. La couche d'argile choisie pour le stockage, bien qu'épaisse de 130 mètres, n'est pas à l'abri de mouvements sismiques ou de fissures. L'Andra affirme que le site est stable depuis des millions d'années, mais des études indépendantes, comme celles du BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières), ont montré des incertitudes. Par ailleurs, le projet prévoit un système de barrières multiples (argile, béton, conteneurs en acier) pour confiner les déchets, mais sa durabilité sur des millénaires reste débattue. En cas d'échec, la contamination pourrait toucher une zone habitée par 50 000 personnes dans un rayon de 50 km.
Le coût de Cigéo est estimé à 25 milliards d'euros sur 100 ans, financé par les producteurs de déchets nucléaires (EDF, Orano, CEA). Pourtant, des alternatives existent, comme le retraitement des combustibles usés ou le stockage en surface, déjà utilisé dans d'autres pays comme la Suède. Les opposants critiquent le manque de transparence sur ces coûts et soulignent que le projet ne prévoit pas de solution définitive pour les déchets déjà stockés, comme ceux de La Hague. En 2021, la Cour des comptes avait pointé un dérive budgétaire de plus de 2 milliards d'euros par rapport aux prévisions initiales, sans garantie de résultat.
Le projet Cigéo s'inscrit dans un contexte politique et juridique complexe. En **2016**, une loi a acté le principe du stockage géologique comme solution de référence pour les déchets hautement radioactifs. Cependant, des recours juridiques sont en cours, portés notamment par des associations et des élus locaux. En **2022**, le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a suspendu temporairement les travaux, avant que le gouvernement ne relance le projet. Les opposants espèrent encore faire annuler l'autorisation par la justice, tandis que le gouvernement mise sur Cigéo pour clore le débat sur la gestion des déchets nucléaires en France.

