Le Canada accorde un répit aux travailleurs temporaires étrangers souhaitant étudier
Pressé de remédier aux pénuries de main-d’œuvre dans le pays, Ottawa lâche du lest. Après avoir durci leur politique d’immigration ces dernières années, les autorités permettent désormais aux travailleurs étrangers déjà présents sur le sol canadien, pour un temps limité, de pouvoir se former sans permis d’études tout en continuant à travailler..
En 2024, le gouvernement canadien, dirigé par le Premier ministre Justin Trudeau, a décidé de réduire le nombre de travailleurs temporaires étrangers au Canada. Cette mesure faisait suite à une augmentation historique de ces travailleurs, que des experts jugeaient responsable d’une hausse du chômage parmi les immigrés permanents et les jeunes Canadiens. Le Canada avait alors fixé une limite : les entreprises ne pouvaient plus embaucher plus de 10% de leur main-d’œuvre via le programme fédéral des travailleurs temporaires étrangers. Cependant, cette décision a créé un problème inattendu : des permis de travail de deux ans, émis avant ces changements, arrivaient à expiration, provoquant des pénuries de main-d’œuvre dans plusieurs secteurs clés. Cette situation a suscité des manifestations de travailleurs temporaires, notamment au Québec et au Manitoba, où des employés déjà intégrés et payant des impôts risquaient de perdre leur emploi.
Pour répondre à ces pénuries et apaiser les tensions, le gouvernement canadien a annoncé le 9 septembre 2026 une mesure temporaire, effective dès le 4 septembre. Cette mesure permet aux travailleurs temporaires étrangers déjà présents au Canada, détenteurs d’un permis de travail valide, d’étudier sans avoir besoin d’un permis d’études, à condition que leur formation dure six mois ou moins. Normalement, un étranger ne peut étudier sans permis que si sa formation se termine avant la fin de la période de séjour autorisée lors de son arrivée. Cette nouvelle politique vise à stimuler la croissance économique, à combler les besoins en main-d’œuvre dans des secteurs en tension et à permettre aux travailleurs temporaires d’acquérir des compétences utiles tout en continuant à travailler. Elle ne constitue pas un nouveau moyen pour les travailleurs de venir au Canada.
Le gouvernement canadien précise que cette mesure a pour but de maximiser la contribution des travailleurs temporaires à l’économie du pays. Il réaffirme également son objectif de réduire la part des travailleurs temporaires à moins de 5% de la population totale, estimée à environ 41 millions d’habitants, d’ici la fin de l’année 2027. À la date du 30 juin 2026, le Canada comptait plus de 1,5 million de travailleurs temporaires détenteurs d’un permis de travail, ainsi que 630 000 étudiants étrangers titulaires d’un permis d’études. Cette politique temporaire peut être révoquée à tout moment sans préavis, ce qui souligne son caractère exceptionnel et non permanent. Elle s’inscrit dans une stratégie plus large pour équilibrer les besoins économiques immédiats et les objectifs à long terme en matière d’immigration.
La mesure a été accueillie favorablement par les travailleurs concernés, comme Ruby Lu, une ressortissante chinoise dont le permis de travail expire fin 2026. Elle a participé à une manifestation en juillet 2026 au Manitoba, où elle a expliqué avoir travaillé plusieurs années au Canada, payé des impôts et même acheté une maison. Cependant, des tensions persistent dans certaines régions, comme le Québec, où des entreprises continuent de recruter à l’étranger faute de main-d’œuvre locale, tandis que des travailleurs déjà intégrés perdent leur emploi en raison de l’expiration de leurs permis. Cette situation illustre les défis auxquels le Canada fait face pour concilier ses besoins économiques immédiats et ses politiques d’immigration à long terme.

