Kerry James Marshall et ses (très grandes) histoires
Après avoir triomphé à Londres puis à Zurich, “The Histories”, première grande exposition en Europe du peintre américain Kerry James Marshall, arrive à Paris vendredi 18 septembre. Les critiques d’art anglo-saxons sont dithyrambiques..
Kerry James Marshall, artiste américain âgé de 70 ans, est une figure majeure de la peinture contemporaine. Depuis les années 1980, il consacre son œuvre à combler un vide historique : la quasi-absence de représentations de personnes noires maîtresses de leur image dans l’art occidental. Son approche, qualifiée d'arborescente par The Washington Post, vise à créer une production artistique vaste et interconnectée, répondant à ce manque dans les musées et les annales de l’histoire de l’art. Marshall ne se contente pas de peindre des scènes de vie quotidienne impliquant des personnages noirs, mais intègre également des références subtiles ou explicites à des chefs-d’œuvre classiques, comme ceux de Géricault ou Delacroix, souvent associés à une époque où les personnes noires étaient rarement représentées en tant que sujets autonomes.
Du 18 septembre 2026 au 24 janvier 2027, le musée d’Art moderne de Paris accueille The Histories, la première grande exposition en Europe consacrée à Kerry James Marshall. Cette rétrospective, déjà présentée à Londres et Zurich, rassemble 70 œuvres, dont 8 créées spécialement pour l’événement. Il s’agit de la plus grande exposition jamais organisée en Europe autour de son travail. L’exposition met en lumière quatre décennies de production artistique, marquée par une technique picturale exigeante et une réflexion sur des thèmes comme l’esclavagisme ou les mouvements sociaux aux États-Unis. Les critiques d’art anglo-saxons, comme The Guardian ou The New York Times, ont salué cette exposition, la décrivant comme indispensable et incontournable.
Les toiles de Kerry James Marshall se distinguent par leur taille imposante, souvent mesurant plusieurs mètres de long. Par exemple, School of Beauty, School of Culture (2012) mesure 2 mètres de haut sur 4 mètres de large, ce qui en fait une œuvre monumentale. Cette peinture, considérée comme un chef-d’œuvre du XXIe siècle par le Washington Post, fait référence à Les Ambassadeurs (1533) de Hans Holbein le Jeune, un tableau célèbre pour son anamorphose (une déformation optique visible sous un certain angle). Marshall y représente une scène de salon de coiffure, peuplée de personnages noirs, tout en intégrant des éléments symboliques et des références culturelles, comme des couvertures de livres ou des paillettes. Son style mêle réalisme et abstraction, avec une attention particulière portée à la poétique de la visibilité, c’est-à-dire la manière dont les personnes noires sont perçues et se perçoivent dans l’art.
Kerry James Marshall puise son inspiration dans l’histoire de l’art occidental, en réinterprétant des œuvres célèbres à travers le prisme de la communauté noire. Par exemple, Past Times (1997) évoque Un dimanche après-midi à l’île de la Grande Jatte (1886) de Georges Seurat, un tableau emblématique du pointillisme (technique utilisant de petits points de couleur). Dans cette œuvre, Marshall dépeint un pique-nique dans un parc de Chicago, avec une famille noire au premier plan et des activités de loisirs en arrière-plan, comme un skieur nautique. Une autre toile, De Style (1993), rend hommage au mouvement De Stijl (mouvement artistique néerlandais fondé en 1917 par Piet Mondrian), en utilisant des couleurs primaires et des formes géométriques pour représenter un intérieur. Ces références ne sont pas de simples hommages, mais des moyens de réécrire l’histoire de l’art en y incluant des récits et des perspectives longtemps ignorés.
Outre son travail sur la représentation des personnes noires, Kerry James Marshall aborde des sujets politiques et sociaux, comme l’esclavagisme ou les luttes pour les droits civiques aux États-Unis. Ses œuvres capturent des moments de vie quotidienne, comme un salon de coiffure, une boîte de nuit ou une chambre, mais y injectent une dimension historique et critique. Par exemple, Better Homes, Better Gardens (1994) fait référence au programme Better Homes des années 1930 aux États-Unis, qui visait à promouvoir l’accession à la propriété pour les familles modestes, mais qui excluaient souvent les Afro-Américains en raison de discriminations systémiques. Marshall utilise ainsi la peinture comme un outil de mémoire et de réflexion sur les inégalités sociales, tout en célébrant la résilience et la diversité de la communauté noire.
Kerry James Marshall est reconnu pour sa maîtrise technique exceptionnelle, notamment dans l’usage de la peinture acrylique sur panneaux de PVC, un support moderne qui lui permet de jouer avec les textures et les effets de lumière. Ses toiles sont souvent enrichies d’éléments collés, comme des dessins, des pages de calendrier ou des paillettes, créant une superposition de couches visuelles et symboliques. Cette approche, qualifiée de collage par la BBC, donne à ses œuvres une profondeur et une complexité accrues. De plus, Marshall accorde une attention particulière aux détails, comme les expressions des personnages ou les objets du quotidien, pour ancrer ses scènes dans une réalité tangible. Son style, à la fois figuratif et abstrait, reflète une volonté de réconcilier l’art traditionnel avec les enjeux contemporains.
L’œuvre de Kerry James Marshall a été saluée par la critique internationale, notamment dans des médias prestigieux comme *The Guardian*, *The New York Times* ou *The Washington Post*. Ces derniers soulignent l’ambition, la technicité et la pertinence de ses toiles, qui ont su capter l’attention du public et des institutions. Son exposition *The Histories*, après avoir triomphé à Londres et Zurich, est présentée comme un événement culturel majeur en Europe. Les critiques décrivent ses peintures comme *joyeuses*, *brillamment exécutées* et *ambitieuses*, tout en soulignant leur capacité à provoquer la réflexion sur des thèmes universels comme l’identité, la mémoire et la justice sociale. Cette reconnaissance confirme le statut de Marshall comme l’un des artistes contemporains les plus influents de sa génération.

