Valérie Plante, candidate au roman
La fiction demeure très rarement explorée par les ex-politiciens du Québec qui se mettent à l’écriture..
Valérie Plante, ancienne mairesse de Montréal, publie son premier roman intitulé Grenades, chez l'éditeur québécois Leméac. Ce livre marque une rupture avec la tradition des ex-politiciens québécois qui se lancent dans l'écriture, car ceux-ci privilégient généralement les mémoires ou les essais plutôt que la fiction. Grenades se distingue par sa structure narrative complexe, mêlant trois voix principales et des allers-retours entre passé et présent. L'œuvre est publiée par une maison d'édition historique du Québec, connue pour ses auteurs comme Michel Tremblay ou Jacques Poulin, ce qui souligne son ambition littéraire.
Au Québec, il est rare que d'anciens politiciens écrivent de la fiction. Jonathan Livernois, professeur à l'Université Laval et spécialiste des liens entre politique et littérature, explique que la plupart des ex-politiciens québécois se tournent vers les mémoires ou les essais pour raconter leur carrière. Il cite comme exception notable Probablement l'Espagne, un roman de Claude Charron publié en 1987, après une autobiographie en 1983. En France, cette pratique est plus courante, avec des figures comme Dominique de Villepin ou Valéry Giscard d'Estaing ayant écrit des romans. Livernois souligne qu'au Québec, la fiction est parfois perçue comme moins "utile" que d'autres genres littéraires.
Au XIXe siècle, il était plus fréquent que des hommes politiques québécois soient aussi des hommes de lettres, comme Félix-Gabriel Marchand, premier ministre et auteur de théâtre. Cependant, à partir des années 1930, les domaines de la politique et de la littérature se sont professionnalisés séparément. La littérature est devenue plus exigeante, excluant progressivement les politiciens des cercles littéraires. Cette séparation s'est maintenue jusqu'aux années 1960, avec l'émergence d'une littérature politique plus accessible, comme les essais de Jean Drapeau ou René Lévesque. Aujourd'hui, la fiction reste un genre peu exploré par les ex-politiciens au Québec.
Malgré la rareté de la fiction politique au Québec, les personnalités connues comme Valérie Plante peuvent attirer l'attention des éditeurs, car elles bénéficient d'une visibilité médiatique. Les médias accordant de moins en moins d'espace à la littérature, un manuscrit signé par une figure publique peut représenter une plus-value commerciale. Cependant, écrire de la fiction comporte des risques, notamment pour ceux qui pourraient avoir des ambitions politiques futures. Jonathan Livernois rappelle que Gérald Godin, député et poète, avait subi des moqueries et des critiques pour ses écrits pendant sa carrière politique.
*Grenades* est un roman polyphonique qui suit plusieurs voix narratives, dont celle d'Andréa, une mère et directrice de cabinet d'une ministre en surmenage. Le livre explore des thèmes comme la culpabilité, la mémoire et les relations familiales à travers des allers-retours entre passé et présent. L'extrait présenté met en scène un dialogue entre deux personnages, Kim et une interlocutrice, abordant la relation complexe de Kim avec sa mère et son père décédé. L'œuvre est publiée en 2026 par Leméac et compte 200 pages. Elle s'inscrit dans une tradition littéraire québécoise tout en marquant une rupture avec les habitudes des ex-politiciens.

