Des archéologues ont retrouvé un squelette caché dans une jarre romaine: comment est-il arrivé là?
En Bulgarie, les restes d'un jeune adulte ont été découverts dans un dolium il y a environ 1.600 ans. Les traces d'incendie autour de la jarre suggèrent qu'il y aurait cherché refuge alors que sa ville était attaquée..
En août 2026, des archéologues bulgares ont découvert un squelette humain à l'intérieur d'une immense jarre romaine, appelée dolium, sur le site de l'ancienne colonie de Deultum, dans le sud-est de la Bulgarie. Ce récipient en céramique, utilisé entre le VIIIᵉ siècle av. J.-C. et le Vᵉ siècle apr. J.-C., servait généralement à stocker des marchandises comme l'huile d'olive ou le vin. Le diamètre de cette jarre était d'environ un mètre, bien que les plus grands dolia pouvaient contenir plus de 1 000 litres. La présence d'un corps humain dans un tel contenant, au cœur d'une ville antique, est extrêmement rare et inattendue pour les chercheurs.
Deultum, fondée à l'époque romaine, a subi de nombreuses attaques aux IVᵉ et Vᵉ siècles, notamment de la part de tribus germaniques orientales et des Huns. Les archéologues estiment que l'événement s'est produit vers l'an 400 apr. J.-C., bien que cette date reste à préciser. Lyudmil Vagalinski, archéologue à l'Académie bulgare des sciences et responsable des fouilles, souligne que les sépultures à l'intérieur des villes étaient inhabituelles, sauf dans des circonstances exceptionnelles comme des séismes, des attaques ennemies ou des éruptions volcaniques. Les survivants tentaient généralement d'enterrer les morts hors des murs, même si certains corps pouvaient rester cachés sous les décombres.
Le squelette, vraisemblablement celui d'un jeune adulte, a été retrouvé avec deux couteaux en fer et une ceinture à l'intérieur de la jarre. La position des restes, semblable à celle d'un homme endormi, indique qu'il n'a pas tenté de sortir une fois à l'intérieur. Les cendres retrouvées sous le corps montrent qu'il est entré dans la jarre alors que l'incendie avait déjà commencé. L'un des couteaux était tenu entre ses jambes, comme pour se défendre en cas de découverte par les assaillants, tandis que le second était fixé à sa ceinture. Autour du dolium, les archéologues ont découvert une grande quantité de matériaux brûlés, suggérant que les habitants avaient regroupé leur bétail à l'intérieur de la forteresse avant l'attaque.
Les archéologues pensent que l'homme s'est réfugié dans la jarre pour échapper à une attaque ennemie. Après l'incendie, les habitants ont nivelé les ruines de la tour et posé un nouveau sol plus haut, sans savoir qu'un de leurs concitoyens y reposait encore. Les analyses préliminaires des restes osseux, transférés à Sofia pour étude par un anthropologue physique, permettront de mieux comprendre les circonstances de sa mort. Les fouilles se poursuivront l'été suivant pour dégager l'ensemble de la porte ouest de la ville, datant d'environ l'an 300, et reconstituer son plan et sa chronologie.
Cette découverte illustre les conditions de violence et d'urgence qui ont marqué la fin de l'Antiquité dans la région. Elle rappelle que, derrière les ruines et les objets du quotidien, se cachent parfois des destins individuels figés dans des circonstances exceptionnelles. Plus tôt dans l'année, les fouilles avaient déjà révélé une latrine plus ancienne, datant des IIᵉ–IIIᵉ siècles, témoignant de l'occupation continue du site à différentes époques. Les chercheurs soulignent que cette trouvaille exceptionnelle offre un aperçu rare des événements tragiques qui ont marqué cette période.

