Chasse : les petits arrangements de notables dans une réserve naturelle
Un ancien préfet, un doyen de faculté de droit, un colonel de gendarmerie… Dans les Pyrénées-Orientales, des notables chassent dans des réserves naturelles, chapeautés par une société de guides qui propose des "expériences"... contraires à la réglementation.
L’article évoque la réserve naturelle régionale de Saint-Benoît (La Réunion), classée en 2016 pour protéger une biodiversité unique. Cette réserve couvre 1 000 hectares et abrite des espèces endémiques comme le pétrel de Barau, un oiseau marin menacé. Elle est gérée par le Conservatoire d’espaces naturels de La Réunion (CEN Réunion), une association locale. La chasse y est théoriquement interdite, sauf exceptions encadrées par la loi. Pourtant, des dérogations sont accordées, notamment pour la chasse au tangue, un petit mammifère introduit et considéré comme invasif. Ces pratiques soulèvent des questions sur l’équilibre entre protection de la nature et traditions locales.
En 2021, la préfecture de La Réunion a accordé une dérogation exceptionnelle pour organiser une chasse au tangue dans la réserve. Cette décision a été prise malgré l’opposition de scientifiques et d’associations de protection de l’environnement, comme Nature Océan Indien. La chasse était limitée à 50 individus, mais les organisateurs ont dépassé ce quota, abattant 68 tangues. Les autorités locales, dont le maire de Saint-Benoît, ont justifié cette pratique par la nécessité de « réguler » une espèce invasive, bien que son impact réel sur l’écosystème reste controversé. Cette affaire illustre les tensions entre gestion locale et réglementation nationale.
L’article met en lumière l’influence de notables locaux, comme le maire de Saint-Benoît, dans les décisions de gestion de la réserve. Ces élus, souvent chasseurs eux-mêmes, bénéficient d’un réseau d’influence pour obtenir des dérogations. Par exemple, en 2022, une nouvelle demande de chasse a été déposée par un collectif de chasseurs locaux, soutenu par des élus. Ces arrangements s’inscrivent dans une logique de compromis entre préservation de l’environnement et traditions cynégétiques, au détriment parfois des objectifs de conservation. Les scientifiques et associations dénoncent une instrumentalisation de la réserve à des fins politiques ou personnelles.
Les scientifiques critiquent la chasse au tangue, arguant qu’elle perturbe les écosystèmes locaux sans justification écologique solide. Le tangue, introduit par l’homme au XIXe siècle, est déjà présent en abondance hors de la réserve. Sa régulation dans un espace protégé, où la biodiversité est fragile, interroge. De plus, la chasse peut affecter d’autres espèces, comme les oiseaux marins, par des dérangements ou des collisions avec des armes à feu. Les associations demandent une étude d’impact préalable avant toute nouvelle dérogation, mais les autorités locales privilégient souvent des solutions rapides, sans consultation approfondie des experts.
Face à ces pratiques, des associations comme *Nature Océan Indien* et des scientifiques ont saisi la justice pour faire annuler les dérogations. En 2023, un recours a été déposé contre la préfecture, accusée de ne pas respecter la loi sur les réserves naturelles. Parallèlement, des habitants et chasseurs locaux défendent ces traditions, soulignant leur ancrage culturel. Ce conflit révèle un enjeu plus large : comment concilier protection de la nature et attentes des populations dans les territoires ultramarins ? La réserve de Saint-Benoît devient ainsi un symbole des tensions entre développement local et préservation environnementale.

