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À Moscou, l’histoire du Goulag laisse place à celle du «génocide du peuple soviétique»

Le Devoir · mis à jour il y a 29 j

Le Kremlin mise sur Staline et la lutte de l’URSS contre l’envahisseur nazi pour justifier la guerre en Ukraine..

Nouveau musée moscovite

La ville de Moscou a ouvert un nouveau musée appelé « Musée de la Mémoire », dédié aux crimes de l’Allemagne nazie pendant l’invasion de l’Union soviétique en 1941. Ce musée remplace le musée de l’histoire du Goulag, qui a fermé en novembre 2024 sous prétexte de manquements à la sécurité incendie et n’a jamais rouvert. Les expositions du musée du Goulag ont été déplacées dans une réserve. Le nouveau musée se concentre sur le « génocide du peuple soviétique », un terme utilisé par le Kremlin pour décrire les violences subies par l’URSS pendant la Seconde Guerre mondiale, notamment l’invasion nazie. Ce changement s’inscrit dans une stratégie plus large de réécriture de l’histoire russe, où Staline est présenté comme un héros et non comme un dirigeant responsable de millions de morts.

Rôle du Kremlin

Le Kremlin utilise l’histoire de la Seconde Guerre mondiale pour justifier la guerre en Ukraine, qu’il présente comme un conflit « existentiel ». Dans cette narration, l’URSS est dépeinte comme une victime de l’Allemagne nazie, et Staline est glorifié pour avoir vaincu le nazisme. Plusieurs statues de Staline ont été inaugurées en Russie ces dernières années, dont une dans le métro de Moscou. Les manuels scolaires russes décrivent exclusivement Staline comme un héros, passant sous silence les répressions staliniennes qui ont causé des millions de morts. Le nouveau musée du « génocide du peuple soviétique » évite de mentionner ces périodes sombres de l’histoire russe, préférant se concentrer sur les crimes nazis.

Contenu du musée

Le Musée de la Mémoire propose des visites guidées par petits groupes, principalement destinées aux vétérans de la guerre en Ukraine, à leurs familles, aux étudiants et aux écoliers. Les visiteurs découvrent l’histoire d’une famille imaginaire, les Lebedev, dont les membres sont représentés par des avatars générés en partie par intelligence artificielle (IA). Le musée utilise des scènes ultraréalistes avec des figures en cire, comme des femmes et enfants tenus en joue par des soldats nazis, ou des représentations des camps de concentration. Cependant, les objets historiques et les témoignages réels sont rares. La dernière salle est consacrée aux procès de Nuremberg, où les responsables nazis ont été jugés entre novembre 1945 et octobre 1946.

Réactions et critiques

Le remplacement du musée du Goulag par le Musée de la Mémoire suscite des critiques, notamment de la part d’historiens et de citoyens russes. Maxime Novikov, guide et historien, souligne que le musée du Goulag était unique et que sa disparition est probablement une décision politique visant à effacer une partie de l’histoire russe. Le Goulag, système de camps de travail forcé sous Staline, est décrit comme une « histoire dérangeante » liée au KGB, les services de renseignement russes. Lina, une médecin de 72 ans, regrette la disparition de ce lieu de mémoire et met en garde contre le risque de répétition des erreurs du passé. Le musée actuel est perçu comme une tentative de contrôle de la mémoire historique par le pouvoir russe.

Ce que ça pourrait changer

Ce changement s’inscrit dans un contexte où la Russie de Vladimir Poutine réécrit son histoire pour servir ses intérêts politiques actuels. En mettant l’accent sur les crimes nazis et en minimisant les répressions staliniennes, le Kremlin cherche à renforcer l’unité nationale autour d’un récit historique simplifié. Le musée du « génocide du peuple soviétique » utilise des outils modernes comme l’IA pour créer des représentations, mais cela soulève des questions sur la fiabilité des informations présentées. Les critiques soulignent que ce musée, contrairement à son prédécesseur, ne s’appuie pas sur des archives historiques ou des témoignages authentiques, mais sur des reconstructions virtuelles.

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