Twenty-five years after 9/11, there are still questions we’re not allowed to ask
In the aftermath, a Canadian professor was attacked for asking whether we could mourn the victims of terrorism while confronting the history of U.S. violence.
Le 1er octobre 2001, trois semaines après les attentats du 11 septembre qui ont fait près de 3 000 morts aux États-Unis, Sunera Thobani, professeure à l’Université de la Colombie-Britannique, a prononcé un discours lors d’une conférence à Ottawa. Elle y a décrit les États-Unis comme l’une des forces les plus dangereuses et puissantes au monde, dont la politique étrangère a « noyé dans le sang » des régions entières, citant des exemples comme le Chili, le Salvador, le Nicaragua ou l’Irak. Thobani a reconnu l’horreur des attentats, mais a questionné : « Ressentons-nous de la peine pour les victimes de l’agressivité américaine ? ». Ces propos, sortis de leur contexte, ont été largement diffusés et ont provoqué une vague de réactions hostiles. Des menaces de mort et des accusations de haine ont été formulées à son encontre, tandis que des personnalités politiques, dont l’ancien premier ministre Jean Chrétien, ont condamné ses déclarations. Un recours auprès de la GRC (Gendarmerie royale du Canada) a même été déposé, l’accusant d’incitation à la haine.
En octobre 2001, les États-Unis et le Canada étaient encore sous le choc des attentats du 11 septembre. Les images des avions s’écrasant dans les tours du World Trade Center, des bâtiments en feu et des personnes piégées étaient diffusées en boucle. Les médias et les citoyens exprimaient leur deuil et leur colère, tandis que des commémorations avaient lieu dans les écoles, les lieux de travail et les lieux de culte. Dans ce climat, Thobani a osé poser des questions dérangeantes, ancrées dans des analyses historiques et politiques. Elle a interrogé les causes profondes de la violence, les inégalités de pouvoir entre le Nord et le Sud, ainsi que les dynamiques du colonialisme et du racisme. Ses questions portaient sur la définition de l’innocence et de la menace, ainsi que sur le sort réservé aux minorités racialisées en temps de guerre. Ces interrogations, bien que légitimes, ont été perçues comme une provocation à un moment où la nation cherchait à se rassembler contre un ennemi commun.
Les propos de Thobani ont été interprétés comme une remise en cause de la légitimité des États-Unis et une justification des attentats, alors qu’elle condamnait explicitement la violence. Les médias ont souvent repris ses phrases les plus percutantes, sans toujours restituer le cadre complet de son discours. Elle a été accusée de trahison, de manque de compassion, voire de complicité avec le terrorisme. Pourtant, ses questions visaient à élargir la réflexion sur les causes des violences, plutôt qu’à les excuser. Parallèlement, ses craintes sur les dérives sécuritaires se sont concrétisées rapidement. Un article du Globe and Mail a révélé qu’un document gouvernemental confidentiel avait ordonné aux agents des frontières canadiens de surveiller certains profils (emploi, éducation, voyages) pour évaluer les risques terroristes. Thobani a été la cible de sanctions symboliques et médiatiques, tandis que ses idées commençaient à s’infiltrer dans les débats politiques et journalistiques.
Vingt ans après les attentats, certains sujets autrefois tabous sont désormais plus acceptés dans le débat public, comme la décolonisation, le racisme systémique ou les inégalités Nord-Sud. Cependant, des mécanismes de censure ou de diabolisation persistent. Par exemple, en 2021, le candidat démocrate au Sénat américain Abdul El-Sayed a été critiqué pour un tweet supprimé où il comparait le nombre de morts du 11 septembre à celui de la pandémie de COVID-19 aux États-Unis. Il y suggérait que les États-Unis devraient mener une « guerre contre la pauvreté » aussi intense que leur « guerre contre le terrorisme ». Un média conservateur a utilisé cette publication pour le discréditer. Ces exemples illustrent la difficulté persistante à discuter des causes des violences sans être accusé de minimiser leur gravité ou de manquer de patriotisme.
Le journaliste américain Peter Beinhart a souligné dans un article intitulé Explication, pas justification la difficulté persistante à dissocier l’analyse des causes d’un acte violent de sa condamnation morale. Il compare cette situation à l’impossibilité de discuter des causes de l’attaque du 7 octobre 2023 contre Israël sans être accusé de justifier les crimes de guerre du Hamas. Beinhart plaide pour une approche qui permet d’explorer les racines historiques et politiques des violences, tout en les condamnant fermement. Cette nuance est essentielle pour éviter les polarisations et favoriser des débats constructifs. Thobani, El-Sayed et Beinhart invitent ainsi à une écoute plus attentive des arguments qui dérangent, sans chercher à les étouffer systématiquement.
Vingt-cinq ans après le 11 septembre, l’article souligne que la capacité à poser des questions critiques sur la politique étrangère ou les conflits internationaux reste limitée. Les Canadiens, par exemple, devraient pouvoir interroger les décisions de leur gouvernement en matière de politique extérieure sans être accusés de manque de loyauté. Pourtant, les débats restent souvent cantonnés à des positions binaires : soit on soutient une cause sans réserve, soit on est perçu comme un ennemi. Cette rigidité affaiblit la démocratie, car elle empêche une réflexion nuancée. Les conflits qui ont suivi le 11 septembre, comme ceux en Afghanistan, en Irak, à Gaza ou au Liban, ont causé la mort de centaines de milliers de personnes. Ces drames rappellent l’importance de comprendre les dynamiques historiques qui sous-tendent les violences, plutôt que de se contenter de réactions émotionnelles immédiates.

