VIA Rail : la traversée du Canada perturbée par les feux de forêt en Ontario
Les passagers coincés doivent débourser d’importantes sommes d’argent pour se loger et prendre un vol..
Depuis plusieurs semaines, le nord-ouest de l’Ontario est ravagé par des incendies de forêt non maîtrisés, notamment le feu Thunder Bay 36 qui couvre une superficie de 315 431 hectares. Ces feux ont forcé l’évacuation de plusieurs communautés, dont celle d’Armstrong, située à environ 250 kilomètres au nord de Thunder Bay, entre le lac Nipigon au sud et le Parc provincial Wabakimi au nord. La fumée dense a réduit la visibilité et perturbé les activités locales, y compris les déplacements ferroviaires. Le CN (Compagnie des chemins de fer nationaux du Canada), propriétaire des voies ferrées, a dû suspendre temporairement le trafic sur la subdivision Allanwater, une ligne ferroviaire stratégique reliant Winnipeg à Toronto. Cette situation illustre l’impact croissant des feux de forêt sur les infrastructures et les populations, dans une région où ces phénomènes deviennent plus fréquents et intenses en raison des changements climatiques.
Le train mythique Le Canadien de VIA Rail, qui relie Vancouver à Toronto en traversant le pays d’est en ouest, a subi des perturbations majeures en raison des incendies en Ontario. Plusieurs liaisons ont été suspendues, notamment sur le tronçon entre Winnipeg et Toronto, laissant des passagers bloqués sans moyen de transport. Bien que VIA Rail propose un remboursement aux clients touchés, ceux-ci doivent souvent payer de leur poche pour se loger et prendre un vol afin de poursuivre leur voyage. Par exemple, Judith Lebel, partie de Toronto le 12 juillet, a atteint Vancouver sans encombre, mais a réalisé l’ampleur de la situation à son arrivée. Michael Slavitch, qui a réservé un billet pour novembre pour fêter ses 60 ans, reste inquiet malgré la fin prévue de la saison des feux. Ces retards soulignent la vulnérabilité des transports ferroviaires face aux catastrophes naturelles et les défis logistiques qui en découlent.
Les incendies de forêt posent des enjeux de sécurité majeurs pour le transport ferroviaire. La fumée épaisse réduit la visibilité des conducteurs, les empêchant de distinguer les signaux et les aiguillages, ce qui augmente le risque d’accidents. De plus, les températures extrêmes peuvent déformer les rails, un phénomène appelé dilatation thermique, et endommager les infrastructures comme les aiguillages. David Cooper, directeur de Leading Mobility Consulting et spécialiste en planification des transports, explique que ces problèmes peuvent rendre la circulation des trains dangereuse. Par exemple, la chaleur intense peut faire se courber les rails, compromettant leur alignement et leur stabilité. Pour limiter ces risques, le CN a déployé des ressources supplémentaires, comme des trains de lutte contre les incendies et des équipes spécialisées, afin de protéger les voies ferrées et les bâtiments voisins.
Les infrastructures ferroviaires canadiennes, construites il y a près d’un siècle, ne sont pas adaptées pour résister à l’intensité et à la fréquence actuelles des feux de forêt. Shoshanna Saxe, professeure à la Chaire de recherche du Canada sur les infrastructures durables, souligne que le réseau manque de voies à double sens, qui permettraient aux trains de se croiser et offriraient des alternatives en cas de blocage d’une partie du réseau. Elle reconnaît que la mise en place de telles solutions serait coûteuse et prendrait des années, mais estime qu’il n’y a pas d’autre choix que de faire face à cette réalité. Actuellement, les voyageurs doivent composer avec des annulations partielles, comme celle du train n°1 (Toronto-Vancouver) prévue pour le 26 juillet, en raison de la fermeture temporaire de la subdivision Allanwater. Cette situation met en lumière le besoin d’investissements pour moderniser et sécuriser les infrastructures ferroviaires face aux défis climatiques.
Les passagers du *train n°1* de *VIA Rail* ont partagé leurs expériences sur les réseaux sociaux, exprimant à la fois leur inquiétude et leur frustration face aux perturbations causées par les incendies. Malgré ces difficultés, leurs témoignages révèlent aussi une solidarité envers les communautés sinistrées en Ontario. Par exemple, des résidents évacués de la région d’Armstrong ont trouvé refuge à Thunder Bay, tandis que des voyageurs bloqués ont dû s’adapter à des conditions imprévues. Ces échanges illustrent l’impact humain des catastrophes naturelles, qui vont au-delà des simples perturbations logistiques. Ils rappellent également que les voyageurs, bien que victimes indirectes des incendies, restent conscients de la gravité de la situation pour les populations locales, renforçant ainsi un sentiment de communauté et d’entraide.

