C’est nul!
Le silence de 2 millions de personnes, ça se compte..
L’article met en scène un électeur québécois confronté à un choix de vote difficile lors d’une élection provinciale. Aucun des partis politiques en lice (Parti québécois, Coalition avenir Québec, Parti libéral du Québec, Parti conservateur du Québec, Québec solidaire) ne correspond à ses valeurs ou à ses attentes. Le Parti québécois est perçu comme ayant trahi son héritage social-démocrate, la Coalition avenir Québec comme un parti d’affairistes ayant creusé la dette publique, le Parti libéral comme associé à des scandales de corruption passés, et le Parti conservateur comme un parti libertarien menaçant le tissu social. Québec solidaire attire davantage l’électeur, mais des doutes persistent sur sa capacité à incarner une alternative crédible. L’article souligne ainsi l’absence de représentation politique satisfaisante pour une partie de l’électorat.
L’abstention lors d’une élection au Québec a une conséquence inattendue : elle génère des revenus pour les partis politiques. Selon la Loi électorale québécoise, chaque électeur inscrit a droit à une allocation annuelle de 1,99 $ par an, versée aux partis politiques en fonction du pourcentage de votes valides reçus. En 2022, plus de 2 millions de Québécois n’ont pas voté, ce qui a représenté une enveloppe totale de près de 3,7 millions de dollars par année (soit 1,71 $ par électeur inscrit en 2022). Ces fonds ont été redistribués aux partis politiques, même si les abstentionnistes n’ont pas exprimé de soutien pour eux. Par exemple, la Coalition avenir Québec a reçu environ 1,5 million de dollars par an pendant quatre ans grâce à ces votes non exprimés.
L’annulation du vote, en cochant toutes les cases du bulletin, est une autre option envisagée par l’électeur. Cependant, cette action ne permet pas de contourner le système. Bien que le bulletin soit rejeté, il est comptabilisé dans le taux de participation globale, mais pas dans les votes valides. Ainsi, annuler son vote ne change pas la répartition des 1,99 $ par électeur, qui est toujours distribuée aux partis politiques. Cette faille illustre l’absence de mécanisme permettant aux électeurs de signifier explicitement leur rejet de tous les candidats proposés.
La Loi électorale québécoise ne prévoit pas de case permettant de voter pour 'aucun candidat' ou de rejeter tous les choix proposés. Cette absence est présentée comme une faille majeure du système électoral. Elle empêche les électeurs de manifester leur désaccord de manière officielle et transparente. Cette lacune est au cœur de la création du Parti nul en 2009 par Renaud Blais, un parti dont l’unique objectif est de faire ajouter cette option sur les bulletins de vote. Le Parti nul propose une solution : une fois cette case ajoutée, le parti n’aurait plus de raison d’être et serait dissous.
Le Parti nul est un parti politique québécois fondé en 2009 par Renaud Blais. Son programme se limite à une seule revendication : l’ajout d’une case 'aucune de ces options' sur les bulletins de vote. Si cette option est obtenue, le parti se dissoudrait automatiquement, car il n’aurait plus de raison d’exister. Le Parti nul permet aux électeurs de voter pour une abstention active : en choisissant ce parti, l’électeur voit son allocation de 1,99 $ par an être placée en fiducie, c’est-à-dire en réserve, plutôt que redistribuée aux autres partis. Ce geste symbolique donne une voix politique à ceux qui refusent de cautionner le système électoral actuel.
Jenny Cartwright, cinéaste et candidate du Parti nul, explique que le refus de voter pour un candidat n’est pas un acte passif, mais un geste politique. Elle souligne que l’abstention peut être une forme de résistance contre un système perçu comme injuste ou dysfonctionnel. Le Parti nul transforme cette résistance en action concrète en offrant une voix politique à ceux qui rejettent les choix proposés. Cartwright ajoute que le refus de voter peut être une phrase complète, une expression de mécontentement qui mérite d’être entendue. Ses documentaires, comme _Les perdants_, enregistrent ces voix marginalisées et donnent une visibilité à ceux dont les revendications ne sont pas prises en compte par les institutions.
L’article conclut par un appel à l’action adressé aux lecteurs. Il ne s’agit plus de voter pour le Parti nul, mais de militer pour l’ajout d’une case 'aucune de ces options' sur les bulletins de vote. L’auteur souligne que l’abstention de 2 millions de Québécois en 2022 a généré des revenus importants pour les partis politiques, ce qui montre l’impact concret de ces votes non exprimés. L’objectif est donc d’inscrire cette demande dans les priorités politiques et de sensibiliser l’entourage à l’importance de participer aux élections, même si le choix de vote reste personnel.
L’article suggère une action simple mais efficace : encourager les proches qui ne voteront pas à se rendre aux urnes. L’auteur rappelle que la participation électorale est un acte citoyen important, indépendamment du choix de vote. En 2022, plus de 2 millions de Québécois sont restés chez eux, ce qui a eu des conséquences financières pour le système politique. L’objectif n’est pas de convaincre les autres de voter comme soi, mais simplement de participer au processus démocratique. Cette action collective pourrait renforcer la légitimité des résultats électoraux et limiter l’influence des votes non exprimés sur la répartition des fonds publics.

