«Ladies and Gentlemen, Brian Mulroney»: un documentaire psychédélique au TIFF
L’aussi doué qu’inclassable Matthew Rankin revisite l’ascension de l’ex-premier ministre entre fantaisie et satire..
Le Festival international du film de Toronto (TIFF), qui s'est tenu en septembre 2026, a sélectionné le documentaire Ladies and Gentlemen, Brian Mulroney comme pièce maîtresse de sa section Midnight Madness. Cette section est réputée pour présenter des films audacieux et innovants, souvent en marge des conventions cinématographiques. Le TIFF est l'un des festivals de cinéma les plus prestigieux au monde, attirant chaque année des réalisateurs, acteurs et producteurs internationaux. Le choix de ce documentaire s'explique par sa forme originale, mêlant archives historiques et traitement psychédélique, ainsi que par son ton satirique.
Matthew Rankin, réalisateur montréalais originaire de Winnipeg, est le créateur de Ladies and Gentlemen, Brian Mulroney. À 46 ans, il est connu pour ses films au style unique, souvent inspirés par l'histoire canadienne et présentés sous un angle fantaisiste ou satirique. Parmi ses œuvres précédentes figurent Tesla: lumière mondiale, une biographie du célèbre inventeur Nikola Tesla, Le vingtième siècle, une fiction biographique sur le premier ministre canadien Mackenzie King, et Une langue universelle, un film sur la sélection du Canada pour les Oscars. Rankin explique que son admiration pour Brian Mulroney remonte à son enfance, bien qu'il ne partage pas ses idées politiques.
Brian Mulroney, ancien premier ministre canadien (1984-1993), est au cœur de ce documentaire. Rankin explore son ascension politique, marquée par des stratégies audacieuses comme la défaite de John Turner lors du débat électoral de 1984, ainsi que ses controverses, notamment des accusations d'achat de la chefferie du Parti progressiste-conservateur en 1976. Le film met en lumière la tension entre l'admiration pour son sens du spectacle et les critiques envers ses méthodes. Mulroney est présenté comme une figure charismatique mais controversée, ce qui en fait un sujet idéal pour une satire politique.
Le documentaire se distingue par son traitement visuel psychédélique, inspiré des séries télévisées des années 1970-1980, avec des intertitres et des polices de caractères rétro. Rankin utilise des archives réelles issues de Radio-Canada, du Parti conservateur et de l'Office national du film (ONF), une institution publique canadienne dédiée à la production et à la diffusion de films culturels. Ces archives sont entrecoupées d'éléments fantaisistes, comme une scène où Mulroney joue au ballon avec la tête de Joe Clark, un rival politique. Le film alterne entre humour absurde et satire, reflétant une approche critique mais nuancée de son sujet.
Rankin utilise des techniques de montage créatives pour renforcer l'impact du film. Par exemple, il superpose des images de John Diefenbaker et Brian Mulroney pour créer un duel de regards fictif, donnant l'illusion d'une confrontation réelle. Une autre scène montre Mulroney en collage « bédéesque » (style bande dessinée) avec la tête de Joe Clark, tandis qu'une voix off le présente comme un soutien de ce dernier. Ces choix visuels visent à illustrer les contradictions et les excès de la carrière politique de Mulroney, tout en soulignant son charisme.
Le film se présente comme une satire politique, un genre qui consiste à critiquer les figures de pouvoir par l'humour et l'exagération. Rankin explique que la satire est un outil essentiel de la démocratie, comparable à une presse libre ou à des élections régulières. Il regrette que ce genre soit moins présent aujourd'hui dans la culture canadienne, alors qu'il était autrefois très développé et reconnu internationalement. Selon lui, la satire permet de questionner l'autorité et de maintenir un équilibre démocratique, surtout dans un contexte où les régimes autoritaires gagnent du terrain.
Le documentaire a été présenté aux Rencontres internationales du documentaire de Montréal à l'automne 2026, avant sa sortie en salles l'hiver suivant. François Lévesque, l'auteur de l'article, souligne que le film est un « objet rare » : un documentaire historique rigoureux, mais enveloppé dans une esthétique iconoclaste et inventive. La production du film a bénéficié du soutien de Téléfilm Canada, une agence gouvernementale canadienne dédiée au financement et à la promotion du cinéma national.

