Un nouvel outil illustre l’accélération du dérèglement climatique au Canada atlantique
Des chercheurs de l'Université Memorial lancent une nouvelle carte interactive..
Des chercheurs de l’Université Memorial ont développé un outil nommé CLIMAC (Climate-Induced Migration in Atlantic Canada), une carte interactive qui visualise l’impact des événements climatiques sur les déplacements de population dans le Canada atlantique (composé de Terre-Neuve-et-Labrador, de la Nouvelle-Écosse, du Nouveau-Brunswick et de l’Île-du-Prince-Édouard). Cet outil utilise des données publiques, comme celles de la Base de données canadienne sur les catastrophes, ainsi que des reportages médiatiques pour compiler des informations sur les évacuations, les décès et les relocalisations forcées. Il permet de mieux comprendre les patterns (schémas répétitifs) de migration liés aux catastrophes environnementales dans la région, en mettant en lumière des tendances récentes et alarmantes.
Entre 1999 et 2024, le Canada atlantique a connu 290 événements climatiques sévères, entraînant 20 décès, l’évacuation de 72 700 personnes et la relocalisation permanente de 790 habitants. Environ 33 500 structures (maisons, bâtiments, etc.) ont été endommagées durant cette période. Les données révèlent une accélération récente : plus de la moitié des évacuations (plus de 36 000 personnes) ont eu lieu au cours des trois dernières années (2021-2024), principalement en raison d’incendies de forêt. Ces chiffres sont considérés comme un bilan conservateur par les chercheurs, car ils ne prennent pas en compte les déplacements volontaires, comme ceux des personnes fuyant des zones inondables par précaution.
Les causes des déplacements varient selon les provinces du Canada atlantique. À Terre-Neuve-et-Labrador et en Nouvelle-Écosse, ce sont surtout les feux de forêt qui ont provoqué les évacuations récentes. En revanche, au Nouveau-Brunswick et à l’Île-du-Prince-Édouard, les inondations et les tempêtes violentes sont les principaux facteurs de migration forcée. Ces différences soulignent la nécessité d’adapter les politiques locales de gestion des risques climatiques, car chaque région fait face à des défis distincts. Les chercheurs insistent sur le fait qu’aucune province n’est épargnée par ces phénomènes, qui s’intensifient avec le temps.
L’outil CLIMAC est conçu pour aider les gouvernements municipaux et provinciaux à identifier les zones les plus vulnérables aux catastrophes climatiques. Isabelle Côté, professeure de sciences politiques et cheffe du projet, explique que ces données permettent de visualiser les patterns de relocalisation et d’anticiper les besoins en infrastructures ou en politiques d’adaptation. Les chercheurs, dont Josh Stevenson et Noah Schwarz, espèrent que les décideurs politiques utiliseront ces informations pour prioriser les actions climatiques, alors que le sujet est de moins en moins central dans les débats publics, y compris au Canada atlantique. Le projet est financé par le programme Transformer l'action pour le climat de l’Ocean Frontier Institute.
Les chercheurs prévoient d’étendre l’outil CLIMAC pour inclure des données sur l’*est du Québec*, une région confrontée à des défis climatiques similaires. L’outil sera également traduit en français pour toucher un public plus large. **Noah Schwarz** a présenté ce projet lors d’un colloque à *Saint-Pierre-et-Miquelon* en octobre 2026, soulignant son utilité pour le grand public comme pour les experts. Les données actuelles montrent une tendance inquiétante : les événements climatiques deviennent plus fréquents et plus intenses, ce qui rend les déplacements de population de plus en plus inévitables. Les chercheurs appellent à une prise de conscience urgente pour adapter les politiques aux réalités climatiques futures.

