Le Canada est-il fiable?
Il ne suffit pas de le déclarer. Il faut que cela se traduise par des gestes, et dans la durée..
La fiabilité d’un pays comme le Canada ne se décrète pas par des mots, mais se mesure par des actions concrètes et une cohérence sur le long terme. Dans le domaine diplomatique ou commercial, un partenaire fiable inspire confiance, ce qui facilite les échanges économiques et les alliances politiques. Cependant, cette réputation se construit lentement et peut s’effriter rapidement si les engagements ne sont pas tenus. Par exemple, le Canada a longtemps utilisé le terme de fiabilité dans ses communications internationales pour attirer des investissements, notamment sous le gouvernement Harper (2006-2015), où ce mot figurait dans les messages clés destinés aux rencontres à l’étranger. Pourtant, la simple utilisation de ce terme ne suffit pas : il doit être accompagné de preuves tangibles, comme des accords respectés ou des projets menés à terme, sans changement d’orientation politique.
En octobre 2025, le premier ministre canadien a de nouveau présenté le Canada comme un partenaire fiable lors d’un sommet à Toronto, en présence de l’ancien premier ministre Stephen Harper et de Jean Chrétien. Cette présence symbolique visait à renforcer la crédibilité du Canada auprès des investisseurs étrangers. Le même mois, un partenariat de 100 ans avec l’Ukraine a été signé, un geste qui dépasse le simple cadre symbolique pour s’inscrire dans une logique de long terme. Cette initiative rappelle les missions canadiennes en Ukraine sous Harper, où l’objectif était défini par les trois « P » : paix, prospérité et partenariat. Cependant, ces symboles ne garantissent pas automatiquement la fiabilité du Canada, surtout si les actions concrètes ne suivent pas. Par exemple, en 2012, le Canada avait été perçu comme un partenaire énergétique fiable, notamment pour l’Allemagne cherchant à réduire sa dépendance au gaz russe, mais cette réputation a été remise en cause sous le gouvernement Trudeau.
Sur le plan militaire, le Canada est souvent perçu comme un partenaire sérieux et engagé. Il a participé à des missions en Afghanistan, soutient l’Ukraine face à l’invasion russe et déploie des troupes en Lettonie pour renforcer la sécurité en Europe de l’Est. Ces engagements sont reconnus internationalement et contribuent à la réputation du Canada. Cependant, la fiabilité économique est plus nuancée. Le Canada possède des atouts majeurs, comme des ressources naturelles considérables, une main-d’œuvre qualifiée, des institutions solides et un système financier respecté. Il exporte également des technologies nucléaires, comme les réacteurs CANDU vendus à la Roumanie. Pourtant, son manque de cohérence dans certaines politiques, comme la gestion des petits réacteurs modulaires ou les orientations changeantes envers des régions comme l’Afrique ou l’Amérique latine, peut semer le doute chez les investisseurs. La stratégie indo-pacifique, lancée en 2022, est un exemple de cette instabilité : elle vise à renforcer les liens avec des pays comme l’Inde ou le Japon, mais son succès dépendra de sa mise en œuvre sur plusieurs années.
Le Canada a lancé plusieurs stratégies internationales, comme celle pour l’Indo-Pacifique en 2022, présentée comme un changement générationnel. Cependant, une stratégie ne se juge pas sur le nombre de documents produits à Ottawa, mais sur sa capacité à générer des résultats concrets. Par exemple, la relation avec l’Inde ou la Chine reste à définir, et la cohérence des politiques canadiennes envers l’Afrique ou l’Amérique latine est souvent remise en question. Les investisseurs étrangers évaluent la fiabilité d’un pays en fonction de plusieurs critères : la rapidité des permis administratifs, la qualité des infrastructures, la stabilité des délais réglementaires, la fiscalité, la capacité à mener des projets et la volonté de maintenir une politique économique au-delà d’un cycle électoral. Le Canada doit donc prouver qu’il peut offrir un environnement stable et prévisible, sans que ses orientations ne changent au gré des gouvernements.
Pour que le Canada soit perçu comme un partenaire fiable, il doit passer des *discours* aux *actions*. L’auteur de l’article suggère de lancer une *véritable mission commerciale en Europe*, plutôt que de se contenter de discours symboliques, comme à Strasbourg. Il souligne que la fiabilité se construit sur une décennie, et non en quelques années. Par exemple, il faudra attendre cinq à dix ans pour que les investisseurs et les alliés puissent constater que le Canada a tenu ses promesses. Le sommet sur l’investissement organisé à Toronto est un pas dans la bonne direction, mais il ne suffira pas à lui seul. Le Canada doit aussi montrer l’exemple chez lui, notamment en développant ses propres projets nucléaires ou en clarifiant ses orientations stratégiques pour des régions comme l’Afrique ou l’Amérique latine. Enfin, il doit éviter de multiplier les stratégies sans leur donner le temps nécessaire pour produire des résultats.

