“Ceux d’en bas” : en Turquie, une vie de labeur pour une chambre sans fenêtre
Dans un pays où le pouvoir d’achat s’est largement érodé et où les loyers sont de moins en moins accessibles, de nombreux retraités élisent domicile dans des hôtels délabrés et surpeuplés, raconte le quotidien turc de gauche “Birgün”..
En Turquie, la crise économique et l'augmentation vertigineuse des loyers ont poussé de nombreuses personnes à vivre dans des conditions précaires. Les pansyon, des hôtels bas de gamme, sont devenus une solution de dernier recours pour des travailleurs ayant trimé toute leur vie, des jeunes en début de carrière, des étudiants ou des migrants. Ces établissements, souvent délabrés et surpeuplés, se multiplient dans les grandes villes comme Istanbul, où les prix de l'immobilier sont particulièrement élevés. La situation touche notamment les retraités, dont la pension mensuelle moyenne s'élève à 24 000 livres turques, soit environ 430 euros. Ce montant, bien que modeste, ne permet pas de se loger décemment dans un pays où les prix ont explosé.
L'article dresse le portrait de plusieurs catégories de personnes contraintes de vivre dans ces pansyon. Parmi elles, un travailleur retraité dont la pension de 430 euros ne suffit pas à payer un logement décent, un serveur de 25 ans qui consacre l'essentiel de ses revenus à se nourrir, un étudiant venu d'une région rurale dans l'espoir d'une vie meilleure à Istanbul, ou encore un migrant ayant fui un pays parmi les plus pauvres du monde. Tous partagent une même réalité : l'impossibilité d'accéder à un logement autonome. À Istanbul, dans le quartier de Çağlayan, ces hôtels low-cost proposent des chambres sans fenêtre, parfois partagées, à des tarifs variant selon les équipements. Par exemple, une chambre sans télévision coûte 11 000 livres turques par mois, soit environ 200 euros.
Les retraités isolés forment une part importante de la clientèle des pansyon. En Turquie, le nombre de places disponibles en maisons de retraite est très insuffisant : environ 39 000 places pour tout le pays, contre plus de 590 000 en France. Cette pénurie force de nombreux seniors à se tourner vers ces hébergements précaires, où les conditions de vie sont souvent difficiles. Le quartier de Çağlayan, situé sur la rive européenne d'Istanbul, concentre un grand nombre de ces établissements. Les retraités y payent des loyers mensuels pour des chambres exiguës, parfois sans lumière naturelle, dans des bâtiments souvent vétustes. La formule est perçue comme un dernier recours, résumée par l'expression turque « Que Dieu n'y fasse tomber personne », reflétant l'extrême précarité de cette solution.
Cette situation s'inscrit dans un contexte de dégradation du pouvoir d'achat et d'inflation élevée en Turquie. Les salaires et les pensions n'ont pas suivi la hausse des prix, notamment celui de l'immobilier, rendant l'accès à un logement autonome inaccessible pour une frange croissante de la population. Les pansyon apparaissent alors comme une réponse à l'urgence, bien que leur qualité soit souvent médiocre. Le quotidien turc de gauche Birgün, qui a publié ce reportage, souligne que ces établissements se sont multipliés avec l'aggravation de la crise économique. Leur existence illustre les inégalités sociales et l'échec des politiques publiques à garantir un logement décent à tous les citoyens.
Le phénomène des *pansyon* n'est pas limité à Istanbul. Il s'étend à d'autres villes turques, où la crise du logement touche de plus en plus de personnes. Ces hébergements low-cost, bien que marginaux, deviennent une norme pour une partie de la population. Leur croissance reflète l'incapacité des pouvoirs publics à répondre à la demande en logements abordables. Le reportage met en lumière une réalité sociale souvent invisible, celle des *« ceux d'en bas »*, des travailleurs, des retraités et des migrants qui survivent dans l'ombre d'une économie en crise. Leur sort interroge sur les limites des systèmes de protection sociale et sur l'avenir du logement en Turquie.

