Françoise Thébaud, historienne : « Pour Yvette Roudy, féminisme et socialisme devaient changer la vie »
Après le décès d’Yvette Roudy, ancienne ministre des « Droits de la femme » de François Mitterrand, l’historienne Françoise Thébaud retrace le parcours d’une « lutteuse » qui voulut faire de la cause des femmes une question politique centrale..
Yvette Roudy était une figure majeure du féminisme français et une ancienne ministre sous la présidence de François Mitterrand. Elle est décédée en août 2026 à l’âge de 97 ans. Première titulaire d’un ministère dédié aux Droits de la femme en France, elle a marqué l’histoire en obtenant le remboursement de l’IVG (Interruption Volontaire de Grossesse) par la Sécurité sociale et en portant la loi de 1983 sur l’égalité professionnelle. Son engagement s’est toujours articulé autour de l’idée que le féminisme et le socialisme devaient transformer la société. Son parcours illustre une volonté de faire des droits des femmes une priorité politique et sociale en France.
Yvette Roudy défendait l’idée que le féminisme et le socialisme étaient indissociables. Selon elle, ces deux mouvements devaient s’allier pour changer la vie des femmes et de la société dans son ensemble. Cette conviction s’enracinait dans son expérience personnelle, comme elle l’a expliqué dans son autobiographie À cause d’elles, publiée en 1985. Pour elle, le socialisme devait intégrer une dimension féministe pour garantir une véritable égalité entre les sexes. Cette approche a influencé ses actions politiques, notamment en tant que ministre, où elle a cherché à concilier justice sociale et droits des femmes.
En 1981, Yvette Roudy est nommée ministre des Droits de la femme sous François Mitterrand, devenant la première personne à occuper ce poste en France. Ce ministère, créé spécialement pour elle, avait pour mission de porter les revendications féministes au cœur du gouvernement. Parmi ses réalisations les plus marquantes, on compte le remboursement de l’IVG par la Sécurité sociale en 1982, une avancée majeure pour l’accès aux soins des femmes. Elle a également fait adopter en 1983 la loi sur l’égalité professionnelle, qui visait à réduire les inégalités salariales entre hommes et femmes dans le monde du travail.
Parmi les lois les plus significatives portées par Yvette Roudy, la loi de 1983 sur l’égalité professionnelle occupe une place centrale. Cette loi imposait aux entreprises de garantir une égalité de traitement entre les hommes et les femmes en matière de salaires, de promotions et de conditions de travail. Une autre mesure emblématique a été le remboursement de l’IVG par la Sécurité sociale en 1982, qui a permis aux femmes de bénéficier d’une prise en charge financière pour cette intervention médicale. Ces avancées ont marqué un tournant dans la reconnaissance des droits des femmes en France.
Yvette Roudy laisse derrière elle un héritage important dans le domaine des droits des femmes en France. Son action a contribué à ancrer les questions féministes dans le débat politique et à faire reconnaître l’importance de l’égalité entre les sexes. Son approche, qui liait féminisme et socialisme, a inspiré de nombreuses militantes et politiques. Françoise Thébaud, historienne spécialiste du féminisme, souligne que Yvette Roudy a su faire du féminisme une question centrale, en le plaçant au cœur des priorités gouvernementales. Son engagement reste une référence pour les luttes actuelles en faveur des droits des femmes.

