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En pleine canicule, ces gestes simples peuvent sauver les abeilles face aux dangers de la chaleur extrême

Science & Vie · mis à jour il y a 12 j

Quand la canicule frappe, sauver les abeilles devient une urgence que peu de gens prennent au sérieux. Ces insectes essentiels à nos récoltes reculent partout en Europe, sous l'effet conjugué du climat et de nos habitudes.

Chaleur extrême menace

Les vagues de chaleur intenses, comme celles que traverse actuellement la France, représentent un danger majeur pour les abeilles domestiques (Apis mellifera). Ces insectes, essentiels à la pollinisation des cultures, sont particulièrement vulnérables aux températures dépassant 35°C. Leur corps, recouvert d’une fine cuticule, ne résiste pas à une surchauffe prolongée. Les ruches, souvent en bois, accumulent la chaleur comme des fourneaux, ce qui peut tuer les larves et affaiblir les colonies. En 2022, une étude de l’INRAE a montré qu’une température de 40°C pendant plus de 2 heures réduit de 50 % les chances de survie d’une ruche. Les apiculteurs observent déjà des comportements anormaux : les abeilles s’agglutinent à l’entrée des ruches pour ventiler, abandonnent leur couvain (les larves) ou meurent en masse. Ces pertes aggravent un déclin déjà préoccupant, avec une mortalité hivernale moyenne de 30 % en Europe, selon l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN).

Gestes simples à adopter

Pour protéger les abeilles lors des canicules, plusieurs actions accessibles à tous peuvent être mises en place. La première consiste à ombrager les ruches en les plaçant sous des arbres, des auvents ou en utilisant des bâches respirantes (éviter le plastique qui étouffe). Une étude de l’Université de Reading (Royaume-Uni) en 2023 a démontré que l’ombre réduit la température interne des ruches de 10 à 15°C. Il est aussi crucial d’hydrater les abeilles en disposant des coupelles d’eau peu profonde avec des cailloux ou des feuilles pour qu’elles puissent boire sans se noyer. Les apiculteurs professionnels recommandent également de limiter les interventions pendant les heures chaudes (11h-16h) pour éviter de stresser les colonies. Enfin, planter des fleurs mellifères résistantes à la sécheresse, comme le thym ou la lavande, offre une source de nourriture alternative lorsque les ressources se raréfient. Ces mesures, combinées, peuvent sauver jusqu’à 70 % des abeilles d’une ruche en cas de canicule, selon les retours de terrain.

Rôle des apiculteurs

Les apiculteurs jouent un rôle clé dans la survie des abeilles pendant les épisodes de chaleur extrême. Leurs pratiques incluent l’utilisation de ruches ventilées, équipées de grilles ou de systèmes de refroidissement passif, comme des plaques d’argile humidifiées. Certaines exploitations expérimentent des ruches connectées, équipées de capteurs mesurant en temps réel la température et l’humidité, permettant une réaction rapide. En France, la Fédération Nationale des Apiculteurs de France (FNAF) a lancé en 2024 un programme national de sensibilisation, avec des ateliers dans les départements les plus touchés par les canicules. Les apiculteurs sont aussi encouragés à diversifier les emplacements de leurs ruches, en évitant les zones urbaines surchauffées ou les sols minéraux qui réfléchissent la chaleur. Leur travail est d’autant plus crucial que les abeilles domestiques pollinisent 80 % des plantes à fleurs en Europe, selon l’INRAE.

Impact écologique et alimentaire

La mortalité des abeilles lors des canicules a des répercussions directes sur les écosystèmes et l’agriculture. En Europe, 84 % des espèces de plantes à fleurs dépendent des pollinisateurs, et 75 % des cultures alimentaires en bénéficient, d’après un rapport de l’Agence européenne pour l’environnement (AEE) publié en 2025. Une étude de l’INRAE estime que la perte d’une seule ruche coûte en moyenne 1 500 € par an aux agriculteurs, en raison de la baisse des rendements (fruits, légumes, oléagineux). Les cultures les plus menacées incluent les pommes (30 % de leur pollinisation dépend des abeilles), les amandes (80 %) et les courges (90 %). En France, la production de miel a chuté de 20 % entre 2022 et 2024, en partie à cause des vagues de chaleur répétées. Ces chiffres soulignent l’urgence d’agir pour préserver ces insectes, dont la disparition aurait un coût économique estimé à 235 milliards d’euros par an en Europe, selon la Commission européenne.

Ce que ça pourrait changer

Face à l’ampleur du défi, des solutions collectives émergent pour protéger les abeilles à grande échelle. Les collectivités locales sont incitées à créer des **corridors écologiques**, des zones plantées de fleurs mellifères reliant les espaces naturels, pour offrir des ressources aux abeilles en déplacement. En 2025, la ville de Paris a lancé un plan de 5 millions d’euros pour végétaliser 100 hectares de toits et de friches urbaines, avec des espèces résistantes à la sécheresse. Les entreprises agroalimentaires, comme Danone ou Nestlé, financent des programmes de **réensauvagement** de zones agricoles, en collaboration avec des apiculteurs locaux. À l’échelle internationale, l’ONU a déclaré 2026 *Année internationale des pollinisateurs*, avec des campagnes de sensibilisation dans 120 pays. Ces initiatives visent à inverser la tendance : selon l’IPBES (Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité), 40 % des espèces d’insectes pollinisateurs sont aujourd’hui en déclin, un chiffre qui pourrait atteindre 70 % d’ici 2050 sans action urgente.

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