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Le féminisme : un sujet trop sensible pour Meta ? Instagram et Facebook bloquent la promotion d’une pièce de théâtre engagée

Presse-Citron · mis à jour 22 sept.

La firme de Menlo Park est-elle encore capable de faire la différence entre culture et propagande ? En livrant sa modération à des algorithmes automatisés stupides et idéologiquement orientés, Meta montre ici son visage le plus lâche : le féminisme est problématique, mais les contenus pédo-criminels ou les appels à la haine échappent étrangement au zèle de la censure..

Féminisme et censure

En 1929, l’écrivaine anglaise Virginia Woolf publiait Une chambre à soi, un essai fondateur du féminisme occidental. Elle y affirmait qu’une femme avait besoin d’un revenu et d’un espace personnel pour créer, des conditions refusées par la société patriarcale de l’époque. Cent ans plus tard, cette œuvre, autrefois jugée subversive, se heurte à une nouvelle forme de censure : celle des algorithmes de Meta. Le Teatre Raval de Barcelone, qui adapte ce texte en pièce de théâtre, a vu ses publicités promotionnelles bloquées sur Instagram et Facebook. Meta justifie ce rejet en classant automatiquement les mentions des droits civiques, du féminisme ou des réformes sociales dans la catégorie des sujets sociaux, une catégorie désormais interdite à la publicité dans l’Union européenne depuis octobre 2025.

Réaction des artistes

Clara Sanchis, actrice et productrice du spectacle, a exprimé son incompréhension face à cette décision. Elle ignore si le blocage est dû au nom de Virginia Woolf, au mot féminisme, ou à leur combinaison. Le théâtre a dénoncé une injustice et une violation de ses droits, soulignant que cette censure efface des avancées historiques. Meta a suggéré de supprimer les mots-clés liés à l’activisme social pour contourner l’interdiction, sans préciser lesquels posaient problème. Cette mesure s’inscrit dans une politique plus large de l’entreprise, qui interdit depuis octobre 2025 toute publicité politique, électorale ou liée à des sujets sociaux dans l’UE, au nom du règlement européen sur la transparence de la publicité politique (TTPA).

Hypocrisie de Meta

Cette affaire illustre les contradictions de Meta, qui se présente comme neutre tout en adoptant une posture jugée hypocrite. En janvier 2025, l’entreprise a assoupli ses règles de modération des contenus haineux et mis fin à son programme de vérification par des tiers aux États-Unis. Depuis, des dizaines d’organisations liées aux droits reproductifs, aux communautés LGBTQ+ ou à la santé sexuelle rapportent des restrictions ou suppressions de comptes sur Facebook, Instagram et WhatsApp. En 2026, l’Anti-Defamation League (ADL) a publié un rapport accusant Meta de transformer Instagram en carrefour de la haine et de l’antisémitisme, en raison de l’absence de modération ferme contre les discours extrémistes.

Contenus dangereux ignorés

Malgré sa sévérité envers les sujets féministes, Meta laisse proliférer des contenus dangereux. En août 2025, l’entreprise a refusé de supprimer les appels à la violence de Jake Lang, un activiste d’extrême droite américain suivi par 274 000 personnes. De plus, 332 publicités contenant des images pédocriminelles générées par IA ont été diffusées sur ses plateformes, atteignant 29 000 utilisateurs dans l’UE en septembre 2026, selon le Tech Transparency Project. Ces exemples révèlent une priorité claire : éviter les amendes liées à la publicité tout en tolérant des contenus toxiques, tant qu’ils génèrent de l’audience et des revenus.

Ce que ça pourrait changer

Le blocage des publicités pour la pièce de théâtre s’inscrit dans un cadre réglementaire strict. Depuis octobre 2025, Meta applique dans l’Union européenne une interdiction générale des publicités *politiques, électorales ou liées à des sujets sociaux*, en invoquant les exigences du règlement européen sur la transparence de la publicité politique (TTPA). Ce texte, conçu pour encadrer les campagnes électorales, est appliqué de manière extensive par des algorithmes peu nuancés, qui classent automatiquement des œuvres culturelles comme *Une chambre à soi* dans la catégorie des *sujets sociaux*. Cette approche algorithmique, critiquée pour son manque de finesse, touche des domaines qui devraient relever de la liberté d’expression.

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